Jeux Viens à Vous Pierô Lalune

Cette semaine, je m'entretiens avec un illustrateur, et non des moindres, Pierre Chevalier alias Pierô La lune! 
Son actualité est importante, puisque l'ouvrage qui lui rend hommage, Piero's Artbook 10th a réalisé un carton sur Kickstarter.  
Discuter avec Pierô fût fort agréable, il  est à la fois drôle, simple, vivant, généreux et taquin. 
Cet amoureux de Corto Maltesse et de sauts en parachute, qui se considère comme un "gribouilleux, nous parle de son arrivée tardive dans le monde de l'illustration professionnelle, de sa vie personnelle, de ses différents projets, et de son regard sur le monde. 
Pierô c'est à toi! 

 

1) Pierô, Aurais tu la gentillesse de te présenter ?


Hello, Alors oui, je peux faire preuve de gentillesse et de me présenter. Alors, Pierô Lalune, de mon vrai nom Pierre Lechevalier, je suis illustrateur professionnel depuis 2006. Je signe Pierô ou Pierô Lalune mais plus souvent Pierô tout simplement. J'ai commencé ma carrière d'illustrateur dans le jeu de société et j'y suis resté "coincé" depuis. Je suis devenu "pro" assez tardivement car j'avais déjà 30 ans quand j'ai signé mon premier contrat ("une ombre sur whitechapel" qui deviendra plus tard: "Mr. Jack"). Je dessine depuis beaucoup plus longtemps mais j'avais essayé pendant longtemps de faire de la BD et n'avais jamais réussi à signer un projet. Faut dire que je travaillais à plein temps (gros gros plein temps) dans un cybercafé et qu'il était difficile de monter un projet aussi conséquent qu'une bande dessinée tout en travaillant. Je me retrouve dans le jeu de société un peu par hasard et ça tient surtout du fait que j'étais un gros joueur.

 

"beaucoup beaucoup d'auteurs BD vivent très en dessous du smic"

 

2) Maintenant que tu as fait ta place en tant que professionnel, souhaiterais tu évoluer dans la bd ou cette envie t'es passée ? 


L'envie est pas vraiment "passée" mais le milieu de la BD est très compliqué. Déjà, il faut se faire à l'idée que le temps de monter un projet, c'est 2-3 mois. Projet qui ne risque de pas aboutir et surtout, tu n'es pas payé pour le temps passé. Du coup, c'est un pari, une envie qui doit être très forte et surtout, une conviction qui doit l'être tout autant dans la qualité de ton projet. De plus, le milieu de la BD est clairement en crise... Faute à trop de BDs qui sortent et qui, du coup, réduisent considérablement les ventes des albums. En clair, il s'en vend surement autant mais il y a une telle offre que vos albums ne vont pas être longtemps mis en valeur (s'ils le sont !) et quand à une époque, faire 20 000 ventes était un succès convenable... Faire 8000 aujourd'hui est un exploit. Forcément, les revenus sont clairement moindres et beaucoup beaucoup d'auteurs BD vivent très en dessous du smic. De par cette situation très difficile du milieu... Je vois pas trop ce que je pourrais aller y faire en sachant que des auteurs beaucoup plus doués que moi ont déjà un mal fou à en vivre. Bon, cependant, en 2015 est sorti un très bel album de 150 pages chez Delcourt scénarisé (aidé par Audrey Alwett) et illustré par mon ami Eric Cartier  et dont j'ai fait les couleurs. C'était un chouette projet et un chouette travail.


D'autres milieux pourraient t'intéresser ?
Plein de milieux sont attirants dans l'absolu.. Le cinéma (j'adore faire des storyboards), le jeu vidéo (il y a une créativité débordante) et l'illustration jeunesse... Mais bon, pour l'instant, ni projet ni envie particulière.


Te sens tu "bloqué" dans le monde du jeu?
Surtout pas, bien au contraire. Illustrer un jeu de société est très contraignant mais il n'y a que peu de limites à ce que tu peux avoir à faire. Illustrer des plateaux, des cartes, des pions, des couv', des modèles pour des figurines... De la petite illus' rapide à la grosse couv' ou aux concepts... On peux pas dire qu'on s'ennuie dans ce milieu... C'est passionnant.

 

"Alors, tu vois, c'est un peu entre le monopoly et le jeu de rôle..."

 

 3) Illustrateur est un métier particulier.  Comment ton entourage à vécu ce choix ?
Il me semble que tu as un enfant, sens tu une pression particulière avec ce métier pour "nourrir "ta famille ?

Héhéhé... Mon entourage a encore un peu de mal à expliquer ce que je fais comme métier. Je pense à ma mère en particulier qui  a du mal à rendre "crédible" mon métier aux yeux des autres... Et aux siens. Je pense que, depuis le début de l'année (mars 2016 au moment où je répond à cet interview), je n'ai pas encore entendu la fameuse question: "Mais tu veux pas te trouver un métier régulier et sûr et faire tes dessins à côté ?" Pour le coup, je comprends l'inquiétude de mon entourage, de mon banquier et de mon proprio du fait que je n'ai pas de revenus réguliers... Mais ça va, c'est un mode de vie. Faut pas paniquer... Clairement, il faut s'habituer à manger des pâtes et ne pas voir rentrer d'argent pendant plusieurs mois parfois... Mais encore une fois, il ne faut pas paniquer. C'est une organisation et un mode de vie. Cependant, je ne me plains pas du tout, ça marche pour moi. Je travaille régulièrement et pour de bons projets. Cependant, depuis 10 ans, la phrase que je répète le plus souvent quand je rencontre quelqu'un et qui me demande quel est mon métier: "Ben alors... Je suis illustrateur... Je suis dans le jeu de société... Alors... Heuu... Non pas comme le monopoly... Plutôt comme... Heuu... Fin... Alors, tu vois, c'est un peu entre le monopoly et le jeu de rôle... Oui... voilà... C'est ça... Quoi ? Entre le grand capital libéral et les satanistes ?.... Ha, heuu, ouais... Oui ben si, ça marche..."

J'ai un enfant effectivement mais bon, est ce que ça me rajoute de la pression ? Non. Pas plus que celle de payer le loyer, remplir mon frigo et l'essence... J'ai pas plus de pression qu'un fonctionnaire sur ce plan là... La pression, je l'ai à continuer à remplir mon agenda pour continuer à en vivre... Mais je suis plutôt serein. Ca n'empêche pas de gros moments de panique ou de galères bien évidemment... Si un projet s'annule ou se décale.... Mais bon, Je vis de mon taff, le dessin n'est plus ma passion à proprement parlé... C'est mon taff... Mais il est passionnant.

Maman, si tu lis ces lignes... T'inquiète, ça va... Toujours pas prévu de revenir vivre chez toi :) 

4) on dit bien souvent des artistes qu'ils ont une vision du monde, de la société. Te considères-tu comme un artiste ou un artisan tout d'abord ? Essayes-tu d'incorporer à ton travail ton idée de la vie ? Ou vois-tu cela comme un simple travail que l'on te demande ?

Wow ! Là, c'est de la question qui va loin est qui est très débattue au sein même des illustrateurs... Artiste ? Artisan ? HmmmmMMm... A titre perso, je me considère comme un "gribouilleux"... C'est le surnom que j'utilise pour définir le statut des copains et le mien. Pour vraiment répondre à ta question, je suis un artiste/artisan. tout simplement. Je fais ce que l'on me demande... Entre autre, d'essayer de le faire bien et de le rendre beau. Du coup, mon boulot d'artisan me demande d'être un artiste. Cependant, je ne me considère pas du tout comme tel. Oui, dans la définition, je suis un artiste... Mais je reste surtout et avant tout un créatif. Je trouve ça moins pompeux et défini beaucoup mieux mon rôle et statut.
Je ne comprends pas bien la deuxième partie de ta question. Est-ce que tu me demandes si je mets ma personnalité dans mes illustrations ? Ou est-ce que je mets des messages subliminaux  du genre, "le bio c'est bon", "apprenez à parler anglais"  ou encore "la bière belge est la meilleure" ? Je vais répondre aux deux du coup, ça sera fait. Alors, dessiner, colorier... Faire des illustrations quoi, c'est mon mode de communication personnel. Aussi loin que je me souviens, j'ai toujours dessiné et toujours exprimé des choses aux travers de mes dessins. Si je suis amoureux, en colère, inquiet ou passionné par quelque chose... Je le gribouille... Comme je gribouillais les jouets que je ne pouvais avoir quand j'étais môme. Dans mon travail, dans les illustrations que je réalise pour les jeux... Je fais ce qu'on me demande. Il m'arrive très régulièrement d'y mettre des petits "easter eggs" perso... Mais je fais avant tout ce qu'on me demande. Après, suivant les éditeurs, on me laisse l'opportunité de donner mon avis ou de faire ce que je veux. A partir de là, ma personnalité doit surement ressortir dans mes dessins... Mais pas ma vie privée... Ou peu.... Ou alors, je m'en rends pas compte.
Cela dit, je fais mon travail... C'est pas toujours, voire rarement, "simple"... Mais je fais surtout mon travail. :)

 

"Du coup, peu de réels "éditeurs" de métier et de formation..."

 

5) Quand tu dis « pas simple », quelles difficultés rencontres tu avec les éditeurs principalement ?  
Le monde du jeu à une image de milieu cool, comment arrives tu à garder une distance professionnelle avec les autres professionnels ?

Alors, quand je dis "pas simple" c'est parce les contraintes de l'illustration dans le jeu de société c'est qu'il faut mettre en évidence les mécanismes et la jouabilité du jeu. C'est souvent au détriment de la beauté de l'illustration pure. Mais bon, dans l'ensemble, la difficulté de l'illustration dans ce domaine, c'est qu'il est très préférable d'être joueur à la base car cela permet de connaître un peu les problématiques à l'avance et de se projeter pour les éviter. Par rapport aux éditeurs, auteurs... Pas de problème en fait... Pas plus qu'ailleurs on va dire. Comme dans toutes les maisons d'édition, vous allez avoir des personnalités en face de vous qui vont coller, ou pas, avec la votre. Si je devais citer un "problème" récurent dans le jeu de société c'est que les éditeurs et les auteurs sont des gens comme tout le monde dans ce milieu: Des passionnés. Du coup, peu de réels "éditeurs" de métier et de formation... Ils le deviennent à la pratique et à l'envie et la passion. de fait, des fois, c'est un peu compliqué. Par contre, aujourd'hui et je l'ai constaté à Cannes cette année et Essen l'année dernière... Quelques nouveaux éditeurs arrivent dans le milieu... Des jeunes qui sortent d'écoles de commerce et qui aiment jouer mais arrivent avec une nouvelle mentalité... Je dis pas qu'elle est mauvaise... Mais elle est clairement nouvelle. Plus pragmatique, plus basée sur la "comm'"... Un pré-requis indispensable pour être éditeur de jeux... C'est de jouer et de s'y connaitre... Ou alors d'avoir des gens dans son équipe qui s'y connait. Indispensable. J'aime qu'un éditeur m'aide à rendre un jeu plus beau. Je préfère cependant qu'il soit capable de rendre son jeu jouable et bon. 

Je ne les garde pas toujours, loin de là. Je suis rentré dans le milieu grâce à Bruno Cathala qui m'a très vite présenté à toute la bande. Du coup, j'ai rencontré tout le monde en étant directement présenté comme un "pote" vu que je passais mes soirées avec tout le monde à Essen en 2006. De fait, beaucoup d'auteurs et éditeurs sont devenus mes amis. Par la suite, j'ai travaillé avec pas mal d'entre eux et la majorité sont restés mes amis ! :) Prenons par exemple Hicham de Matagot. C'est clairement un ami (il est venu à mon anniversaire de 40 ans) et c'est aussi mon éditeur. Quand nous parlons, nous compartimentons assez naturellement nos propos entre pro et amicaux. Après, ce sont des affinités, des feelings. Un truc que j'aime énormément c'est que la bande de gribouilleux du milieu spécialisé est très soudée. Je n'ai pas de "concurrents", j'ai des collègues. Biboun, Djib, Ani, Jeremy, Naïade et de nombreux autres sont de vrais amis... De vrais vrais amis. On s'appelle, se parle ou on se voit assez régulièrement... Du moins, autant que nos emplois du temps respectifs ne nous le permet.

6) Tu me disais être très joueur à la base, que dirais tu des joueurs en général? 
Quelle(s) principales qualités ont en général les joueurs (par rapport à des gens lambdas non joueurs)?
Quel(s) défauts peuvent t-ils également avoir?

Pour le coup, je n'ai pas vraiment d'avis car cela reviendrait à faire des généralités si je veux une réponse rapide ou une réponse beaucoup trop longue pour le temps dont je dispose. Il y a tellement de catégories de joueurs différentes... Je préfère biaiser la question avec une petite pirouette et te parler des qualités que le jeu apporte. Je prendrais l'exemple de mon fils qui joue depuis qu'il est vraiment tout petit et qui en redemande. Aujourd'hui, il a 7 ans et joue a des jeux comme "Splendor" ou "Sea of clouds" et je ne le considère absolument pas comme un génie... Par contre, sa maîtresse me dit qu'il a un cerveau qui marche bien et qu'il a une logique et un sens de l'optimisation aiguisé. C'est rigolo car je pense que cela vient du jeu. D'ailleurs, quand il s'agit de compter, pour l'école, c'est toujours plus compliqué que pour compter combien il va faire de sous avec telle ou telle combo de cartes à "Miniville". Je pense que le jeu apporte beaucoup pour le développement et cela en s'amusant. 
Le "défaut" lié au jeu est un défaut qu'on retrouve un peu partout dans la société de loisirs... La course à "toujours plus". J'en suis la première victime. Plus on m'en propose de nouveaux, plus j'en veux. J'ai à peu près 500 jeux chez moi dont beaucoup ne sont que peu joués... Mais je continue à en rentrer dans la "collection". Tous les 6 mois, je fais tourner une partie de ceux qui ne sortent plus et je les file à des ludothèques ou des potes.

 

7) Justement par rapport à ce "toujours plus" et aux 900 nouveautés par an, comment vois-tu la difficulté au renouvellement des jeux (mais aussi la répétition qui s'est peut être installée chez certains éditeurs) ? 

Ben c'est pas tant qu'il y a de la difficulté à renouveler les jeux je pense car les variations, même petites, sur un thème ou un mécanisme peuvent créer de superbes jeux. La mécanique du draft existait avant 7 wonders et Antoine Bauza à réussi à en faire un excellent jeu que l'on pourrait presque qualifier de novateur alors qu'au final, si on y réfléchit bien, tout existait déjà avant. Mais c'est un agencement de différentes choses et d'optimisation qui vont faire la différence... Le réglage fin en sommes. Ce qu'il se passe aujourd'hui c'est qu'il n'y a quasiment plus de mauvais jeux aujourd'hui. Aujourd'hui, se retrouver avec un mauvais jeu revient à dire qu'on a fait un mauvais choix. Entre les infos qu'on trouve sur le net au travers de vidéos, de parties, de commentaires, il est impossible de se tromper. De plus, il y a quelques années, on trouvait d'excellents jeux de stratégies et de gestion qui étaient souvent très moches. Aujourd'hui, les jeux sont en règles générales beaux et bons. 
Le problème est dans les "1000" nouveautés par an (oui oui, plus de 1000) qui font que la durée de vie d'un jeu est incroyablement courte. Si le jeu ne fait pas ses preuves en termes de ventes dès le premier mois, il disparaitra dans l'indifférence la plus totale. Beaucoup d'éditeurs arrivent, beaucoup de jeux... Sans parler de Kickstarter.... Bref, on croule sous l'offre et elle devient beaucoup plus importante que la demande. Du coup, d'excellents jeux passent inaperçus quand d'autres beaucoup moins bons sont mis en avant grâce à une bonne communication ou à de belles illustrations. Aujourd'hui, être éditeur de jeux demande de gérer beaucoup plus de choses qu'à une époque et certain gèrent très très bien, d'autres beaucoup moins. 
Il serait génial que seuls les jeux qui valent vraiment le coup sortent mais y a pas de raison que cela arrive. On a l'exemple du jeu vidéo, de la BD mais à la fois, comment dire à des gens de ne pas se lancer ou de se limiter tant qu'il y a de la demande. Les gens en veulent plus, toujours plus... Ils fantasment un jeu et passeront à autre chose très vite. Par exemple, "Conan" qui a eu un succès démentiel sur KS a été dans toutes les bouches et tous les propos pendant un an... L'attente et le retard se rajoutant à l'équation, je crains vraiment que le jeu ne fasse plus parler de lui une fois sorti. Beaucoup beaucoup de jeux, d'auteurs, d'éditeurs... Avec une horde d'internautes au taquet qui en demandent plus... Et qui se lasseront et qui laisseront sur le tapis pas mal de monde malheureusement je pense.

Un croquis proposé par Pierô pour River Dragons de Roberto Fraga, édité chez Matagot. 

 

8) Tu parlais au début de l'interview du storyboard en court et moyen métrage. 

Toute personne ayant réalisé un court métrage, connait toute l'importance de l'organisation autour d'un projet et notamment en pré tournage avec cette phase du story board qui peut ne pas sembler utile quand on ne pratique pas la réalisation. 
Veux-tu nous parler de l'importance du storyboard et de comment tu appréhendes ce travail par rapport à celui effectué dans le monde du jeu?

Alors, il ne faut pas confondre "Story board" et "Croquis préparatoire" (ou encore brouillons, roughs etc...). Le "story board" est un outil typique au film, au documentaire ou encore au film d'animation et la bande dessinée. Je ne fais pas du tout de "storyboard" dans mon travail dans le jeu de société car, comme son nom l'indique, le storyboard est là pour raconter une histoire ou du moins, le travail préparatoire pour raconter une histoire. 
Dans mon travail d'illustration, je fais énormément de croquis en noir et blanc et couleurs. Dans un premier temps, pour organiser mon travail, hiérarchiser mes idées et celles qui doivent être véhiculées par mon illustration pour le jeu. Les croquis sont une étape majeur car en peu de temps, on voit de suite si l'idée fonctionne. Je sais que certains de mes collègues visualisent très bien leur image avant de la faire tomber sur leur écran mais ce n'est pas du tout mon cas... J'ai plein de choses en tête mais clairement elles ne fonctionnent que très rarement. Par contre, dans l'échec que je vis quasiment systématiquement au moment où j'essaye de poser mes idées sur le "papier", naissent énormément d'idées qui, elles, fonctionnent. 
Cependant, ce que m'a apporté le travail dans le storyboard c'est la composition d'une image et la narration qu'elle apporte. Le bémol c'est que les images que l'ont fait pour un storyboard ciné destiné à un écran c'est que le format est toujours le même. Ce qui n'est pas le cas de l'illustration. En BD, le storyboard est l'étape la plus importante de la création mais elle ne sert qu'à une seule chose... Aider la narration sur l'ensemble d'une page et entre les pages. En illustration, le croquis est une étape toute aussi majeur qui va permettre de créer une belle image qui fonctionne.

 

9) J'ai vu que tu aimais the wire, souhaiterais tu nous parler de cette magnifique oeuvre et peut être donner envie à certains de la découvrir ?
Alors, oui, j'aime beaucoup cette série car tout y est parfait. De l'écriture du scénar, des persos, de leur interprétation en allant jusqu'à l'habillage sonore et visuel... On est dans L'immersion la plus totale pour un sujet qui ne concerne que peu de monde
Pas grand chose à dire de plus, découvrez cette série, elle est dure, sans concession, éprouvante parfois... Mais c'est une œuvre majeur.

 

"Et me voilà, tremblant, le crayon à la main, découvrant qu'une boite de jeux..."

 

10) Peux-tu nous raconter un moment mémorable que tu as connu grâce au jeu? 


Bah, forcément, mon premier Essen. On est en 2006. Je n'ai jusque là rencontré que Bruno Cathala et Ludovic Maublanc. Je ne connais personne et Bruno m'encourage à venir à Essen pour voir le jeu et je lui parle de mon envie de dédicacer. Il me dit que forcément, il y aura des gens preneurs même si j'ai de gros doutes. Je fais la route jusqu'à Lyon où je rencontre en même temps Bruno Faidutti et Serge Laget. On fait le trajet jusqu'à Essen et c'est un pur régal. Je rencontre des gars gentils, accessibles, passionnants et dont j’appréciais les jeux avant de les connaitre... Je ne les apprécierai que plus :) On arrive à Essen, je partage ma chambre avec Bruno Faidutti qui décide de dormir par terre car il ne veux pas qu'on se gêne dans le seul lit de la chambre. Je lui explique qu'il serait plus logique que cela soit moi par terre... On aura fini en décrétant qu'on pouvait dormir dans le même pieux sans trop se gêner. De là, je pénètre le salon et découvre mon tout premier jeu édité et le beau stand qui va avec. C'est forcément beaucoup d'émotion d'autant que je découvre Essen pour la première fois. C'est immense, délirant... Une échelle tellement différente de Cannes. Les gens arrivent et s'attablent et je vois pour la première fois des gens jouer avec mes dessins. C'est très surprenant comme sensation mais c'est génial. Pis lors d'une dédicace dans une boite, Bruno me présente et demande s'il veux un dessin dans sa boite. Le monsieur (Olivier si mes souvenirs sont bons) est ravi... Et me voilà, tremblant, le crayon à la main, découvrant qu'une boite de jeux... Ben c'est sacrément chiant à appréhender car on sait pas ou mettre son poignet, ses mains... Pis je demande assez timidement et très nerveusement ce qu'il veux dans sa boite... Il me répond "Bruno nu".... J'ai été de suite beaucoup plus décontracté et après, je me suis installé sur une table et je ne me suis jamais relevé. J'ai rencontré lors de ces 4 jours de folie tout le monde qui compose ce milieu... Du joueur à l'auteur en passant par les éditeurs... Je suis revenu avec plein de projets, de rencontres fabuleuses et une fatigue incroyable... C'était mon premier Essen, il y a 10 ans maintenant... Et c'est là que tout s'est joué.

 

11) Et ton moment le plus malheureux autour du jeu

Quand les lecteurs et téléspectateurs du site Dice Tower ont préféré pour le prix du plus beau jeu Battlestar Galactica à Ghost stories... J'étais effondré... Dévasté... Au fond du trou...
....
... NaAAan... Jamais eu de moments "tristes"... C'est pas un milieu pour cela... Pis pour le coup, c'est mon boulot, c'est pas ma vie. On peut s'énerver au boulot, se régaler au boulot... Mais se rendre triste, je crois pas... Je laisse ça dans ma vie privée.

Le "shérif" de Tric trac par Pierô

 

12) Justement, j'imagine que tu travailles à domicile, comment concilies tu travail et vie privée qui peuvent se mêler au même endroit?

Après une engueulade de couple par exemple, sens tu tes dessins plus "énervés", en profite tu parfois pour te "soulager" sur ton dessin, au contraire si ton fils  vient de te donner un beau collier de pâtes, ton dessin sera-t-il plus "enjoué"? 

Alors, j'ai bossé 5 ans en atelier, au studio "Gottferdom" à Aix en provence qui est l'atelier fondé par Christophe Arleston, Didier Tarquin et Jean Louis Mourier... Les scénaristes et illustrateurs de Lanfeust et troll de Troy. L'atelier existe depuis plus de 15 ans et je connaissais toute cette grosse troupe depuis plus de 20 ans. J'ai quitté l'atelier tout récemment car J'ai déménagé aux abords d'Aix, dans la Pampa, dans un petit hameau de 50 habitants et de 23 chats. Il n'y a pas grand monde, j'ai mon propre atelier, le bruit des oiseaux et le calme... C'est très agréable. Après, sans rentrer dans ma vie privée parce que, comme son nom l'indique, elle est privée, je suis forcément influencé par mon état d'esprit quand je travaille. 
Mon atelier se trouve dans une pièce à un étage dédié. Je ne voulais pas travailler dans le salon ou dans ma chambre et si possible, un peu à part. Je me lève le matin, engloutit 3 cafés et ensuite, je vais dans mon bureau dont je ne sors plus pendant un moment. Quand j'ai finis, j'en sors et n'y retourne plus jusqu'au lendemain. J'essaye de compartimenter un maximum ma vie privée et mon travail. C'est important.
Aujourd'hui, j'ai un certain équilibre. Cela n'empêche pas les périodes de charrette où les deadlines s'approchent à grand pas et pendant lesquelles je travaille entre 10 et 15 heures par jour... Mais j'essaye de plus trop vivre ce genre de choses, je n'ai plus l'âge

 

"Le parachute, [...] C'est ma soupape, mon moment de liberté absolue."

13) Par rapport à tes 40 ans, tu es arrivé à un âge que l’on dit parfois « charnière », comment te sens-tu dans ta vie professionnelle, privée (sans rentrer dans les détails), vois-tu la vie différemment ?
Ou est-ce plutôt le fait d’avoir un enfant qui a peut être changé ta vision il y a quelques années et donner?
Comment envisages-tu ta vie dans les prochaines années ? Des projets de dessins plus « personnels » ? D’autres défis en parachute ? ^^ Juste vivre et être heureux?

Hey !! L'aut' y dit que chuis un vieux !! Je t'en foutrais des charnières moi ! Hahaha !! C'est parfait !! Ben écoute, ça va, je vis bien ma quarantaine toute récente. 2015, quarante ans, 2016, 10 de carrière en tant qu'illustrateur... Ca va, je me plains pas. Dans ma vie professionnelle, je suis bien. Je sais faire des pauses quand il faut et quand j'ai l'impression qu'on me voit trop. J'ai accomplis pas mal d'objectifs que je m'étais fixé comme bosser avec certains auteurs, certains éditeurs. J'ai fais des choses assez inattendues comme bosser chez Mattel ou faire de la couleur d'une BD. J'ai une certaine expérience, j'ai un carnet de commandes bien rempli, j'aime les projets sur lesquels je travaille et quand je les sens pas, je me permets même d'en refuser.
Je ne changerais pas grand chose... En fait, rien... J'aime bien vivre au jour le jour, avancer à mon rythme, faire mon petit bonhomme de chemin tranquillement.
Avoir un enfant m'a juste encore plus rendu heureux que ce que je ne l'étais déjà. Mon fils, c'est un peu comme une seconde peau quand on est ensembles. D'abord parce qu'il me colle énormément et ensuite parce qu'on s'entend très bien... J'aime énormément l'individu qu'il est... Sa gentillesse et sa douceur... Ses colères... Ses conneries de môme... Dans l'ensemble, j'aime bien mon fils en fait... 
Dans les années à venir... Continuer à vieillir !! C'est un projet auquel je tiens pas mal. Pas vraiment de projets persos, fin du moins, pas plus persos que ceux que je fais aujourd'hui. Je continue à m'accaparer les jeux que j'illustre quand ils me plaisent... Du coup, ça devient un peu perso. Quand j'serai grand et vieux pour de vrai et pété de thunes, je ferai des projets persos parce que j'aurai plus besoin de gagner d'argent... C'est pas pour demain hein.Le parachute, c'est pas vraiment un défi hein... C'est ma soupape, mon moment de liberté absolue. Y a assez peu d'endroit où tu n'es vraiment que face à toi même et à la vie, la vrai. Le ciel en fait partie... Les oiseux chantent, il y a bien une raison hein ?
voilà, vivre et être heureux... C'est une programme plutôt chouettos. Quand je cesse d'être heureux, c'est que je fais fausse route, alors je change deux trois trucs pour y retourner... Parce que c'est ça de vivre... C'est la recherche du bonheur.

La couverture de King's Gold chez Blue Orange


14) Si tu devais donner une oeuvre (jeu, film, bd, chanson, littérature...) ou un artiste qui mériterait d'être connu ou plus connu à tes yeux?

Bah, j'en reviendrai toujours à Hugo Pratt, l'auteur de Corto Maltese qui est fondateur pour moi. C'était un homme et un auteur passionnant et ceux qui ne connaissent pas, devraient y jeter un oeil, c'est de la grande grande BD.

 

15) Si tu devais après cette année 2015, transmettre un message d'amour à quelqu'un, que serait ce message? 

Transmettre un message d'amour ? Je le glisserai dans l'oreille de la personne à qui j'ai envie de le dire à l'abri des oreilles indiscrètes.

 

Pierô, je te remercie pour cet entretien

Le blog de Pierô (très intéressant) : http://pierosurlalune.blogspot.fr

 

Ces entretiens auraient dû s'arrêter à la fin de l'été, mais l'envie de continuer et les très gentils commentaires m'encouragent à continuer, la semaine prochaine je m'entretiendrai donc avec le patron d'une grosse société d'édition... un indice dans l'interview...

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