Jeux Viens à Vous Thierry Saeys

Qui est Thierry Saeys?
 

Certains le connaissent sous le nom de Thierry Sajou, chroniqueur à la télévision belge. 
C'est surtout le boutiquier d'un magasin ludique à Bruxelles, mais également  l'un des membres du jury de l'As d'or. 

Sous une apparence enjouée et bon enfant, qui est cet homme vous conseillant des jeux de 3 manière différente? 

J'ai toujours eu une relation particulière avec les belges, ce qui peut paraître surprenant pour un pays si proche mais avec une manière de voir le monde différente de la notre, sans que cela soit négatif de ma part.  
Il m'est donc difficile de vous donner mon avis sur quelqu'un de sympathique mais dont je n'arrive pas à capter l'essence même. 

Nous parlons d'échecs, de son métier de boutiquier, de la transmission auprès des enfants, de son métier de chroniqueur, de son rôle en tant que jury et de Monsieur Phal, du Jette gaming tour, de Molenbeek et des préjugés que nous avons tous, d'Yves Hirschfeld et Fabien, Bleuze, de Christian Lemay, et de Thibaut Quintens, mais également du temps qui passe...



1) Thierry, bonjour, auriez-vous la gentillesse de vous présenter? 

 

Toujours difficile de se présenter soi-même… surtout quand on ne raffole pas de parler de soi. ;-)

 

J’ai la chance d’évoluer dans un secteur qui m’a toujours attiré, invariablement et passionnément. C’est autour d’un plateau de jeu que je me suis toujours senti le plus à ma place. Quel qu’il soit, du moment qu’il procure du plaisir partagé.

 

Jouer et faire jouer, j’ai l’impression d’avoir toujours fait ça, bien avant 2004 et la création de Sajou. Un pari osé car la boutique, à l’origine, était située dans un quartier non commerçant du Nord de Bruxelles. Bien décidé à faire venir les gens jusqu’à moi, j’ai multiplié les animations dans les écoles, ludothèques, salons, lancé des soirées-jeux pour différents publics.

 

J’y ai été au culot pour devenir chroniqueur jeux à la radio. J’ai très rapidement senti le potentiel des réseaux sociaux pour développer l’activité. Et la sauce a pris.

Au-delà de mes espérances même, car jamais je n’aurais osé rêver d’un costume de chroniqueur télé ou de membre d’un jury aussi prestigieux que celui de Cannes. Cette forme de reconnaissance me remplit de fierté et me va droit au cœur, car je fonctionne beaucoup à l’affectif. Et dans la recherche du gagnant-gagnant dans mes relations.

 

Lorsque j’ai une idée, un projet qui me semble tenir la route, que je crois ou que j’ai la vision de quelque chose, je fonce avec la foi qui peut déplacer les montagnes et les personnes qui partagent mon enthousiasme. Là où le vent me porte. Et tant qu’il soufflera.  ;-)

 

 

2) Que représente le fait de jouer, et de faire jouer, pour vous ?

 

Le moment où je suis dans mon élément. Où je peux rentrer dans ma bulle ou au contraire être super-réceptif et essayer de provoquer une étincelle dans le regard. En fonction du jeu et des personnes autour de la table. Je ne vois pas le jeu comme une échappatoire ou le moyen d’être quelqu’un d’autre le temps d’une partie, j’ai d’ailleurs du mal à rentrer dans la peau d’un personnage. Je n’ai jamais été attiré par le jeu de rôle par exemple, je ne me considère pas non plus comme un vrai geek même si je peux me sentir à l’aise parmi eux. ;-)

 

J’adore par contre me triturer les méninges et optimiser mes coups, ça doit venir de mon passé de joueur d’échecs. Mais dans les jeux qui s’y prêtent et toujours en essayant de respecter le temps de jeu. Pas question de plomber la partie ! Et quoi de mieux qu’un bon party game en bonne compagnie ? Que de souvenirs partagés !  Quant au « faire jouer », il est très important pour moi. Si quelqu’un autour de la table est frustré ou n’a pas pris de plaisir à l’issue d’une partie d’un jeu que j’ai choisi, ça me touche vraiment. Même si cela m’aide aussi parfois à revoir ma copie.

 

Et puis c’est tellement génial de donner le virus, de provoquer l’étincelle, de voir l’évolution de non-joueurs au départ qui découvrent avec des yeux émerveillés toutes ces boîtes dont ils ne soupçonnaient pas l’existence.

 

 

3) Vous êtes effectivement un passionné d'échecs. Beaucoup de joueurs de jeux de société respectent ce jeu par son caractère sacré mais n'ont pas l'envie d'y jouer, le regardent de manière interrogatif, un jeu complexe, ennuyeux et autistique pour certains, envoûtant pour d'autres, pouvant très vite tourner à l'addiction. On ne joue pas aux échecs comme l'on joue à n'importe quel jeu. Bobby Fischer, Kasparov sont des légendes...

3A) Qu'auriez-vous envie de dire sur ce jeu qui représente un réel univers à lui seul ?

3B) Que vous a t-il apporté intellectuellement et peut-être également humainement ?

Ah les préjugés… qu’on le veuille ou non, on en a tous. Souvent par méconnaissance bien sûr. Les échecs sont surnommés « le roi des jeux et le jeu des rois » et lorsqu’on s’y intéresse, on comprend pourquoi. Le fait est qu’il se mérite un peu, beaucoup même. Il demande du temps, de la patience et de la persévérance d’abord pour l’apprivoiser, ensuite pour juste… le comprendre. Ce qui est fort différent. Et encore, les possibilités sont telles qu’on n’en fait jamais le tour, ce qui peut expliquer certains excès et basculements, oui.  


Aujourd’hui l’offre est telle qu’il peut faire un peu désuet. On tend plus vers les jeux simples, rapides, qui valorisent les liens sociaux. Mais il tient bon car, dans sa catégorie, il reste au-dessus du lot. Et s’il fait peur à beaucoup d’adultes, les enfants le voient comme n’importe quel autre jeu. Il y rentrent facilement, sans préjugé et apprennent à y jouer correctement à une vitesse incroyable. Ce sont eux qui ont raison bien sûr !

Avec le recul, je mesure tout ce que cet apprentissage m’a apporté. Au niveau logique, spatial et mathématique, bien sûr. Mais au-delà de ça le calme, la concentration, l’anticipation, une certaine confiance en moi, le self-control, le respect de l’adversaire… je suis sûr que je ne serais pas du tout le même aujourd’hui si je n’avais pas grandi avec le jeu d’échecs.

C’était mon « sport » durant l’enfance et l’adolescence et j’en garde un souvenir magnifique. Avec l’envie, maintenant, de transmettre à la fois le jeu et ses valeurs.

4)Ce qui peut sembler simple au premier abord, transmettre sa passion comme vendeur, peut s'avérer plus complexe qu'il n'y paraît et demande un réel travail j'imagine.

4 A) Comment abordez-vous vos clients et qu'avez-vous appris à faire/dire ou ne pas faire/dire au fil des années ?

Je suis vendeur, c’est vrai, mais j’ai du mal à me considérer comme tel. Je ne suis en tout cas pas né commerçant. J’ai opté pour cette voie-là un peu par défaut, tout simplement parce qu’à l’époque le secteur était beaucoup moins développé et cela m’a semblé le chemin le plus direct pour travailler dans le domaine.

Si l’activité demande beaucoup de temps et d’implication, je n’ai par contre jamais suivi de formation de vente ou de de marketing. Même si ce dernier sujet m’intéresse et que j’utilise beaucoup les réseaux sociaux pour promouvoir la boutique et ses activités.

Je pense qu’à partir du moment où l’on se positionne comme spécialiste, il faut avant tout être crédible, bien sûr, mais surtout bien connaître son public. J’ai fait quelques erreurs au début et j’ai vite corrigé le tir. Ce n’est pas difficile, mais donner le conseil judicieux, susciter l’envie et trouver le jeu qui convient demande un peu d’expérience. Qui vient au fil du temps.

J’essaie de cerner le plus vite possible le type de client et la raison pour laquelle il est là. Sans le brusquer, en douceur, avec bienveillance, l’expérience doit être avant tout agréable ! Le challenge, en cas de demande ouverte, est de trouver du premier coup la réponse adaptée. Et puis le mot clé doit être sincérité, toujours. Conseiller un jeu parce qu’il est en surstock, c’est se tirer une balle dans le pied.

4B ) Avez-vous d'ailleurs une anecdote marquante, drôle ou émouvante à nous raconter à ce sujet ?

 

La « traduction » du jeu demandé est un exercice amusant. On entend de tout. Les noms écorchés, genre Dodel ou les maîtres du rail, c’est facile. Un jour une dame me demande : « Vous avez le jeu Quintus ? ». Après quelques questions, je me rends compte qu’il s’agit de Dixit. « Ah oui, enfin, un truc en latin, quoi ! ». Mais le pire, c’était « Je cherche le jeu Millefeuilles, c’est assez nouveau ». Et là j’ai répondu « Viceroy ? ». Je ne sais pas comment cela m’est venu, deux syllabes, la façon dont il l’a dit, mais c’était ça ! Il est resté prostré une bonne minute à tenter de comprendre comment il avait pu passer de l’un à l’autre… en vain. Un grand moment !

5) Vous disiez avoir également beaucoup animé dans les écoles, ludothèques...

5 A) Qu'avez-vous retenu de ce travail auprès des enfants ?

Les enfants sont un public particulier. Ils sont étonnants, créatifs, sans filtre. Parfois adorables, parfois moins. Tous différents. Et ils aiment TOUS jouer. Ils peuvent avoir des préjugés sur une boîte, un nom, un style de jeu, mais ils veulent jouer. Aucun ne me dira qu’il n’aime pas ça, qu’il n’a pas le temps ou évitera de se retrouver à une table. Ils n’ont pas peur de l’échec. Et ils ont encore une fois tellement raison !

 

Alors j’essaie de prolonger cet état de grâce comme je peux… J’aime beaucoup la phrase de Nelson Mandela « Je ne perds jamais. Soit je gagne, soit j’apprends ». Je l’écris au tableau lors du premier cours et je leur explique pourquoi juste avant de les laisser jouer entre eux.

Ils me rendent bien ce plaisir que j’ai à leur transmettre ce que j’ai appris. Dans des sourires sincères, des mots gentils, leurs exploits à la maison qu’ils me racontent en détail, des étincelles dans les yeux… je me sens utile et à ma place dans ces moments-là.

5 B) Qu'auriez-vous également envie de dire aux adultes qui tentent de faire jouer les plus jeunes à des jeux pour plus âgés qu'eux, voire beaucoup plus âgés ?

Ca me ramène à la phrase que j’entends le plus en boutique : « Vous savez, il est très en avance sur son âge ! » en bombant le torse. Notre pays est donc peuplé de petits génies ! J’essaie de leur expliquer que ce n’est pas un service à leur rendre, que l’enfant n’en profitera pas tout à fait, qu’au contraire il ne faut pas hésiter à prendre un âge légèrement inférieur, que l’âge sur une boîte correspond à la compréhension des règles et que c’est « à partir de »…  mais bien souvent en vain. Les joueurs sont pressés de pouvoir jouer à Agricola avec eux. D’accord. Mais pas à 8 ans. De grâce… oui, ils peuvent déjà jouer à Catane, waaaouw, mais ne les privez pas trop vite du plaisir d’un bon Pique Plume, Perlin Pinpin ou Time’s Up Kids !

 

6 A) En parlant d'Agricola, faites-vous partie de ces vils joueurs faisant rôtir le bébé vache venant tout juste de naître pour ne pas perdre de points de victoire ? ;-)

Aaah… Agricola. On joue ? 

Je me souviens très bien de ma première partie au retour d’Essen 2000 quelque chose.  On a drafté les cartes allemandes, avec le nez dans la traduction. Une bonne heure rien que pour ça avant de commencer la partie. Et de tous prendre une grosse claque. Alors dois-je vraiment répondre à cette question ? ;-)

6 B) Plus sérieusement venons-en à votre métier de chroniqueur à la télévision belge L'image du jeu de société ces 15 dernières années a prodigieusement évolué, comment vous a-t-on regardé dans le milieu télévisuel lorsque vous avez débuté vos chroniques ? Etiez-vous par moments un peu l'instant pittoresque de l'émission ou bien vous a-t-on très rapidement pris au sérieux, le jeu étant un sujet comme un autre, ce qui n'était pas le cas il y a encore 10 ans? Et comment avez-vous vu évoluer l'image du jeu dans cet univers télévisuel ?

Je ne suis peut-être pas assez « aware », mais à de rares exceptions près, je n’ai pas ressenti de problème d’image par rapport au contenu de ma chronique. Au contraire, les animateurs et autres chroniqueurs sont en général contents et impatients de découvrir à quoi on va jouer. A part l’une ou l’autre réaction du genre « Quoi ? Un jeu pour deux ? Y a vraiment rien d’autre à faire ? » et le fameux « Ha oui, c’est comme le Monopoly », dans l’ensemble ça se passe plutôt bien. En tout cas cette carte blanche qu’on m’offre dans le choix des jeux est une marque de confiance incroyable que je mesure. Et on ne m’a pas encore invité à une soirée bizarre entre amis le mercredi soir. Enfin je crois…

7) Vous êtes un nouveau membre du jury de Cannes. Un prix qui a fait couler beaucoup d'encre, notamment l'année dernière par rapport au prix d'Unlock.

 

7 A) Que représente pour vous ce prix, et qu'est-ce que cela représente pour vous d'être jury ? C'est un grand honneur j'imagine ? Avez-vous réfléchi avant d'accepter la proposition, notamment par rapport au rôle ingrat que vous allez endosser ?

 

7 B) Le patron d'Iello avait eu des propos très durs à propos du Jury et notamment de Monsieur Phal qu'il accusait de faire du copinage. Que pensez-vous des différentes critiques post prix qui fusent chaque année ? Trouvez-vous cela humain ou cela vous semble-t-il parfois déplacé d'en arriver à de tels propos ?

 

7 C) Monsieur Phal est l'un des personnages phares du monde ludique, en général adoré ou détesté, voire parfois adoré en ON et détesté en OFF, tout ou presque lui a été reproché. Il lui a été reproché que c'est lui qui décidait de l'As d'or et que les autres membres n'avaient rien à dire. J'ai trouvé pour ma part cette critique quelque part offensante pour les autres membres du jury, leur retirant leur droit. Vous avez commencé la sélection pour Cannes si j'ai bien compris, quels ont été vos premiers échanges tous ensemble, et notamment avec Monsieur Phal ? Comment vous sentez vous dans ce groupe hétérogène composé de différents caractères ? Et comment comptez-vous faire entendre votre voix?

 

7 D) Ne pensez-vous pas qu'un reportage sur les choix du jury pourrait éventuellement enlever tout fantasme ou cela vous semblerait incongru d'en arriver là ?

 

Thierry répond pour l'ensemble des 4 questions

Je me rappelle très bien de cet appel téléphonique de Nadine Seul, l’organisatrice du Festival. C’était un soir de semaine, je venais de fermer le magasin et je m’apprêtais à partir. J’ai dû m’asseoir. Oui, c’est évidemment un grand honneur et non, je n’ai pas hésité une seule seconde. A aucun moment je ne me suis demandé si ce rôle était ingrat et à quelle sauce j’allais être mangé, je ne l’ai vu que comme une chance et une reconnaissance incroyables. C’est peut-être l’une des raisons pour laquelle mon intégration s’est tout de suite bien déroulée. J’étais bien conscient de ce que représente l’As d’Or et je n’ai pas attendu de vivre cette expérience de l’intérieur pour me rendre compte du côté passionnel qui accompagne l’annonce des nominés et des lauréats.

Le lendemain de la Cérémonie, j’ai vite arrêté de lire les commentaires des réponses des commentaires, le défouloir pénible mais habituel sur les réseaux sociaux… à quoi sert un jury ?

A confirmer des jeux bien installés ou indiquer de nouvelles directions ? Ca dépend des années, c’est une question d’opportunité. On a pris un risque et on l’assume, plus que jamais. Des jeux comme Unlock, tout à fait novateur et dans l’air du temps, il n’en sort pas tous les ans. Le timing était serré, mais le jeu était éligible. Immérité ? Aujourd’hui, c’est 250000 boîtes vendues et j’ai une liste record de précos pour Unlock 3.

J’ai lu avec plaisir des mea culpa de personnes qui faisaient parties des scandalisés de la première heure. C’est honnête et courageux, mais tout le monde n’en est pas capable.

 

Maintenant, sur la composition du jury… croire qu’il y a un grand méchant loup et 8 gentils moutons est offensant pour tout le monde.

Le monde ludique est petit, oui. Tout le monde se connaît, oui. Avec certaines affinités, oui, comme dans la vie et tous les milieux.

Est-ce pour autant qu’il faut crier au complot dès que tel ou tel éditeur est primé ?

Les débats ont duré tout un week-end. Des heures et des heures de discussions animées où l’on a tous pris notre place et posé notre voix. Pour finir d’une seule. Crier au copinage ou à la manipulation sans rien savoir est tellement gratuit et ridicule !

 

J’aime ce jury. J’ai appris à connaître chacun de ses membres et il y a une vraie alchimie entre nous. Si j’avais l’impression d’être manipulé, de subir des pressions ou de ne pas être écouté, crois-moi, j’aurais déjà pris mes jambes à mon cou… au lieu de ça, j’en redemande et j’ai hâte de les revoir pour discuter jeux et jouer. Car nous sommes avant tout des passionnés comme vous, il ne faut jamais l’oublier.

 

8) Vous m'avez parlé en OFF d'un autre festival dont vous vous occupez, le Jette gaming tour www.jettegamingtour.be

Pourriez-vous nous en dire plus afin de donner envie à mes lecteurs de découvrir ce festival que je ne connaissais pas pour ma part ?

 

Je me rends compte que bien souvent, les plus belles aventures démarrent sur un coin de table en buvant un coup après un tennis (c’est ainsi que Sajou est né), lors d’une conversation informelle sur un tout autre sujet ou au hasard d’une rencontre improbable. C’est encore le cas pour cet événement. Lors d’un drink pour l’ouverture d’un autre magasin dans le quartier, je discute de banalités avec une employée communale lorsqu’elle me lance « tiens, j’y pense, il y a déjà un jazz rally à Jette, ce serait chouette de faire pareil avec des jeux, non ? ».

 

Quelques mois plus tard avait lieu la première édition du « Jette’s Gaming Tour ». Il s’agit donc d’un petit festival local à Jette (l’une des 19 Communes bruxelloises que l’on peut comparer aux arrondissements parisiens) qui a la particularité de se dérouler dans plusieurs lieux proches les uns des autres, mais des lieux non vides. Et qui vivent en parallèle. Ce ne sont pas des salles, mais des restaurants, bars, librairies, petits commerces comme une boulangerie,… dans chacun de ces lieux des tables de jeux et des animateurs non stop durant 10 heures. Cette année, pour la 4ème édition, il y avait 14 lieux participants dont un magasin de produits fermentés (!) et même le… bureau du Bourgmestre (drôle de nom qu’on donne au Maire chez nous). Pour une capacité globale de 500 places environ.

 

L’accès est gratuit et beaucoup d’éditeurs et distributeurs nous font le plaisir de participer chaque année pour épauler la trentaine de bénévoles sans qui ce ne serait pas possible. L’événement a lieu le premier samedi d’octobre. C’est un truc de ouf à organiser et cette année j’ai eu la chance de pouvoir compter sur le soutien de l’excellent blog desjeuxunefois.be pour m’aider dans cette lourde tâche.

9) Vous me parliez d'un coup à boire, alors buvons Thierry !
Nous passons une soirée ensemble mais nous ne nous connaissons pas ou très peu, proposez-moi 3 jeux dans le but d'apprendre à se connaître ?
Ou préférez-vous faire un canular téléphonique à Matthieu D'Epenoux un verre de Saint Véran à la main ?


N’est pas Fabien Bleuze qui veut. Je n’ai ni son imagination débordante, ni sa verve (pas le peine de relire deux fois) encore moins une collection de chemises d’un goût exquis (indispensable pour un canular téléphonique réussi).
Alors je te propose pour commencer quelques manches de Cités Perdues car il reste pour moi le jeu à deux le plus facile à sortir (non Yves, calme-toi), Patchwork pour monter en puissance en douceur (zut on le perd) et enfin 7 Wonders Duel pour se chauffer un peu (les neurones Yves ! Les neurones !). Le tout agrémenté d’une petite dégustation de petites perles brassicoles belges : Tongerlo, Hopus ou Barbar, pour ne citer qu’elles.

10 A) Vous parliez des 19 communes de Bruxelles, l'une d'entre elle, Molenbeek a été malheureusement le centre de l'actualité par les médias, en faisant de ce quartier (et donc de ses habitants) le foyer du terrorisme en Europe. Vous qui habitez Bruxelles, qui côtoyez ses habitants, qu'auriez-vous envie de nous dire justement de cette commune populaire et peut-être de ses habitants que vous rencontrez peut être lors des festivals justement ?

 

En novembre 2016, en pleine tourmente médiatique à ce sujet, une bonne partie du jury de l’As d’Or est venue passer quelques jours à Bruxelles. Le samedi soir, après une journée de jeux bien remplie, nous nous sommes rendus vers le centre-ville en voiture. En passant par Molenbeek justement, mais ce n’était pas indiqué. Il y avait des illuminations de Noel, c’était joli.

 

Quand tout à coup, à quelques mètres de nous, en grandes lettres brillantes : « MOLENBEEK ». Visages ahuris à l’arrière de la voiture: « Quoi ? On est à Molenbeek ??? ». Heu… oui… rassurez-vous, tout va bien… !

 

Je vis dans une commune limitrophe, je me rends très souvent par là pour le travail ou les loisirs et je trouve complètement dingue les films qu’on peut se faire suite à des reportages télés sensationnalistes… comme si moi je venais passer quelques heures chez vous, dans votre ville où je n’ai jamais mis les pieds et que je revenais avec un reportage hallucinant qui la décrirait comme un lieu désolant responsable de tous les maux. Bien sûr que la population y est précarisée et de majorité allochtone… heu… oui, et alors ?

 

J’invite tout le monde à lire ce billet qui, lui, reflète la réalité telle qu’on la vit. Faut arrêter de fantasmer…  http://www.lalibre.be/debats/opinions/molenbeek-du-mythe-a-la-realite-opinion-58ef9b3dcd70e80512d31a5e

10 B) Depuis plusieurs années que j'anime, j'ai l'impression que le jeu de société moderne avec ses festivals, ses cafés sont plus fréquentés par un public de classe moyenne blanche. Malheureusement, les personnes ayant des origines diverses se comptent souvent sur les doigts de la main dans les cafés ludiques ou les festivals. C'est quelque chose que vous constatez également ? Et comment l'interprétez vous ? Culture du jeu moins répandue dans certaines cultures justement ? D'autres raisons ?

 

Je trouve ta seconde question assez orientée aussi, mais bon, je vais essayer d’y répondre… ce n’est pas tout à fait exact, tout dépend où tu vis.

Mais il est vrai que culturellement, le jeu de société n’a pas la même place dans toutes les familles. Lorsque nous animons des ateliers dans les écoles primaires, on remarque que certains enfants à 6 ou 7 ans n’ont jamais vu un dé de près. C’est interpellant, mais c’est un fait. Alors on leur apprend…

 

L’apprentissage par le jeu est quelque chose qui se met doucement en place, de plus en plus d’enseignants utilisent aujourd’hui le jeu en classe pour travailler le langage, les mathématiques ou la citoyenneté. Parfois même c’est la direction d’une école qui fait appel à nous pour développer un vrai projet pour carrément toutes les classes de l’école.

 

Les groupes d’amis qui viennent jouer à nos soirées-jeux sont très souvent multi-culturels. Les choses évoluent, de plus en plus de monde joue et surtout comprend l’utilité et le plaisir de jouer. Même s’il y a encore beaucoup de mentalités à changer et de clichés à combattre, je pense que le train est en marche et qu’il ne va faire qu’accélérer…

11) Si vous deviez me citer 2 personnes du monde ludique, l'une pour ses qualités professionnelles et l'autre pour ses qualités humaines, l'un n'enlevant rien à l'autre?

C’est peut-être la question la plus difficile tant les belles rencontres se sont succédées ces dernières années. Je pourrais citer tellement de monde !

 

Allez, j’y vais à l’affectif… comment ne pas commencer par le duo Bleuze/Hirshfeld qui m’a l’air omniprésent dans tes pages. Je ne vais donc pas m’étaler dessus (même s’ils me le demandent gentiment), mais j’en profite tout de même pour leur faire un gros câlin.

Chez les éditeurs, il y a bien sûr Benoit Forget et Matthieu d’Epenoux, de jeunes débutants que j’aime beaucoup à qui je promets un bel avenir.

Mais j’ai envie de mettre en avant deux autres éditeurs passionnés : Christian Lemay et Thibaut Quintens.


Christian, je ne le connais finalement que fort peu, mais chaque rencontre est un plaisir. Je tiens à le citer d’abord parce qu’il est fort sympathique, mais aussi parce que de ce côté-ci de l’Atlantique, je trouve que ses jeux ne sont pas aussi reconnus qu’ils le méritent. La Chasse aux Monstres par exemple figure dans mon top des ventes année après année. Voilà qui étonnera sans doute certains, mais pas les heureux parents et leurs loulous car il est juste parfait (le jeu, pas l’éditeur, quoique) !

Thibaut a de multiples casquettes mais c’est avant tout quelqu’un d’hyper attachant, disponible et ouvert aux autres. Discutez avec lui et les horizons dépasseront vite le seul cadre du jeu ! Son parcours est riche de multiples expériences passionnées et passionnantes... et le meilleur est encore à venir, je n’en doute pas.

Enfin, je voudrais aussi parler d’un couple de joueurs. A l’origine du Diamant d’Or, c’est bien sûr Dimitri & Anne-Cath Perrier. Plus passionnés qu’eux, ce n’est pas possible. Toujours le sourire aux lèvres, accueillants et adorables, c’est un bonheur de les rencontrer et de jouer avec eux.

12) Comment définiriez-vous en un mot, oui un seul, chacune des personnes suivantes  :
Nadine Seul, Monsieur Phal, Croc, Dominique Ehrard, Marc Nunes,
Philippe des Pallières, Régis Bonnessée, Marcus, Gaetan Beaujannot, Thierry Sajou


Nadine Seul : Bienveillance (j’en profite pour lui faire un gros câlin)

 

Monsieur Phal : Sale Con (on en a discuté et on n’arrive pas à choisir entre les deux mots)

Marcus : Gamin (il m’énerve à faire toujours aussi jeune à presque 70 balais)

Thierry Sajou : Ornithorynque (c’est mon animal fétiche, j’avais envie de le placer)

Je ne connais pas assez les autres pour me risquer à cet exercice périlleux…

Vous évitez de trop fréquenter les acteurs du monde ludique en tant que jury ou c'est simplement que vous n'avez pas l'occasion ?

Bien sûr que j’évite tout le monde. J’arrive sur les festivals déguisé et avec un pseudo pour être sûr.

Non mais sérieusement, en quoi cette participation au jury changerait quoi que ce soit ?

 

Il y a forcément des gens que je croise plus souvent, avec qui j’ai plus d’affinités, jury ou pas… dans la liste envoyée, il y a des personnes que je n’ai jamais eu l’occasion de rencontrer, j’en ai croisé d’autres mais sans dépasser les échanges polis. C’est comme si je demandais à quelqu’un que tu croises dans les couloirs ou la machine à café de te qualifier en un mot… à moins de se coller un sticker sur le front, je vois mal comment on peut faire ça.

13 A) Les nommés de l'As d'or viennent de tomber ce matin, alors en exclusivité mondiale pour Jeux Viens à Vous, qui sont les vainqueurs? ;-) 

Je suis frappé d’un mal étrange à cette époque de l’année. Une sorte d’Alzheimer précoce qui gomme une partie de ma mémoire à court terme. Au point de ne plus me souvenir de ce que j’ai fait le week-end dernier. C’est dingue, non ? J’ai juste des flashs : je me vois à table avec des gens bizarres, notamment un barbu avec une drôle de tête qui me regarde méchamment. Ca parlait de canards… ou de canes… sais plus. Enfin bref, j’ai dû rêver.



13 B ) Plus sérieusement, pourriez-vous nous parler d'un auteur ou d'une œuvre importante à vos yeux, que ce soit en littérature, théâtre, cinéma, jeu etc... que vous souhaiteriez faire découvrir ou redécouvrir à mes lecteurs ? 

Je me rends compte au détour de ta question à quel point je n’ai plus l’occasion de lire des livres en dehors des vacances, ni d’aller au cinéma alors qu’à une époque j’y avais un abonnement… c’est hélas le côté face quand on a plusieurs casquettes et toujours à la bourre quelque part.

 

Chaque année je me dis qu’il serait temps de lever le pied et puis de nouvelles idées, de nouvelles rencontres ouvrent de nouvelles portes avec l’envie de voir ce qu’il y a derrière… je garde toujours un gros projet dans un coin de la tête, à moyen terme… j’espère encore avoir l’énergie de le mener à bien lorsque le temps sera venu de m’y consacrer à 100%.

 

14) Philippe Des Pallières me disait récemment qu'il songeait récemment au temps qui passe et aux choses qu'il n'avait pas encore fait dans sa vie, qu'il devait en quelque sorte se dépêcher de faire des choix .
Bien que vous soyez plus jeune, ce sont des questions que vous vous posez ?


Ton divan est confortable ? Attends, je m’allonge. Ce n’est peut-être pas l’endroit pour parler du temps qui passe et de l’heure du bilan qui approche. Je préfère parler des ornithorynques. C’est déjà fait ? Ah mince. Alors oui, j’ai encore des trucs à faire qui me tiennent à cœur et ce p… de temps qui passe de plus en plus vite dont je rigolais encore il n’y a pas si longtemps finit par me rattraper. Y compris les questions qui viennent avec, évidemment. Profite, gamin !  

15) Le jour où vous devrez quitter le monde du jeu, d’une manière ou d’une autre, que souhaiteriez-vous que l’on retienne de vous professionnellement mais surtout humainement?

J’aimerais voir grandir les Loulous qui ont découvert le magasin avec des yeux d’enfants et les retrouver à l’âge adulte avec leurs enfants à eux. Leur entendre dire : « tu vois, c’est ici que je venais quand j’étais petit et c’est le Monsieur qui m’a fait aimer les jeux. ». Ca pourrait arriver dans pas si longtemps… ;-)

Lorsque je ne serai plus là, beaucoup de monde va me manquer, c’est sûr. J’espère que ce sera un petit peu réciproque.

16) C'est malheureusement la fin de cet entretien, Thierry Sajou, en prenant en compte votre vie professionnelle et personnelle êtes vous heureux ?

Oui ! Je suis conscient d’avoir beaucoup de chance d’être à la fois en bonne santé (en tout cas pas en trop mauvaise), d’être bien entouré et d’avoir une activité épanouissante ! What else ?


Merci pour cette petite interview originale, je ne sais pas trop qui ça va intéresser mais c’était bien sympa !

Merci à vous Thierry !


 

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Merci à mes Tipeeeurs de me soutenir  : Arnaud Urbon, Bruno Faidutti, Emilie Thomas, Nicolas Soubies ,Virgile De Rais, Pierre Rosenthal, et Lukikam! 

 

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Saison 1

Yves Hirschfeld
Benoit Forget
Bruno Faidutti 1ère partie
Bruno Faidutti 2ème partie
Naiade
François Haffner 1ère partie
François Haffner 2ème partie
Pierô Lalune
Timothée Leroy
Mathilde Spriet
Sébastien Pauchon
Tom Vuarchex
Vincent Dutrait 1ère partie
Vincent Dutrait 2ème partie
Christophe Boelinger 1 ère partie 
Christophe Boelinger 2ème partie
Régis Bonnessée
Roberto Fraga 1ère partie
Roberto Fraga 2 ème partie
Cyril Demaedg
Bruno Cathala 1 ère partie
Cyril Blondel
Bruno Cathala 2ème partie
Yahndrev 1ère partie
Yahndrev 2ème partie
Emilie Thomas
Sebastien Dujardin
Florian Corroyer
Alexandre Droit
Docteur Mops 1ère partie
Docteur Mops 2ème partie
Arnaud Urbon
Croc
Martin Vidberg
Florent Toscano
Guillaume Chifoumi
Nicolas Soubies
Juan Rodriguez 1ère partie
Juan Rodriguez 2ème partie
Bony

Yannick Robert
Docteur Philippe Proux
Franck Dion 1ère partie
Franck Dion 2ème partie
Franck Dion 3ème partie
Yoann Laurent
Carine Hinder et Jerôme Pélissier
Dominique Ehrhard
Christian Martinez
Maxime Savariaud
Véronique Claude
Shadi Torbey
  

Saison 2 
 

Fabien Bleuze
Serge Laget
Djib 1ère partie
Djib 2me partie
Florian Sirieix
Farid Ben Salem 1 ère partie
Farid Ben Salem 2ème partie
Julien Lamouche
Jean-Louis Roubira 1ère partie
Jean-Louis Roubira 2ème partie
Philippe des Pallières 1ère partie
Philippe des Pallières 2ème partie
Julian Malgat Tome 1
Philippe Tapimoket 1ère partie
Philippe Tapimoket 2ème partie
Théo Rivière
Reixou
Nicolas Bourgoin
Natacha Deshayes
Gary Kim 
Emmanuel Beltrando
Tony Rochon

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