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Jeux Viens à Vous
Simon Murat 1 ère partie

J'ai découvert Simon il y a quelques années grâce à ses vidéos du Passe Temps, il m'énervait autant qu'il m'intéressait de par son bagou, son assurance et son éloquence tout en coupant régulièrement sa pétillante collègue Lola. Il m'agaçait comme un adolescent qui en fait des tonnes pour se faire remarquer! 
Et puis de par cet interview, j'ai découvert une personne au delà du personnage public excentrique.

Avec Simon l'interview a été âpre mais intéressant, vraiment et contrairement à ce que peuvent penser certains il n'y avait aucune animosité de ma part envers Simon, aucune mais l'envie d'évoquer avec lui tous les sujets. 
Je demande d'ailleurs à mes invités de lire préalablement quelques entretiens passés afin de savoir dans quelle "expérience" il se lance. On ne peut selon moi être surpris des questions.

Dans cette première partie de l'interview, nous évoquons les jeux, son histoire au Passe Temps, les vendeurs aux cheveux gras, Toulouse et son activité ludique bouillonnante, son amour pour les personnes âgées et les garçons et Card against humanity....

 

 

 

 

1) Simon, bonjour, auriez-vous la gentillesse de vous présenter?

Avant toute chose, le tutoiement me convient d'avantage. Si ça te/vous convient ?

 

Et bien je m'appelle Simon, j'ai 36 ans. Natif de Villefranche-de-Rouergue dans l'Aveyron, j'habite à Toulouse depuis 14 ans, date à laquelle je suis rentré au Passe Temps, une boutique de jeux de société du centre ville, en tant que vendeur. J'y travaille en compagnie de Bruno Desch, le gérant et fondateur de cette noble échoppe ludique en 1999.


Petit à petit, l'activité du magasin s'est développée. Baptiste, puis Lola, ont rejoint l'aventure. En décembre 2017, nous avons lancé de manière totalement amateur, notre première vidéo Youtube. Un vendeur, un passionné, qui fait le tour du magasin en présentant les jeux exposés et les dernières nouveautés. La curiosité des joueurs était titillée. Persuadé qu'un vendeur se doit d'être transparent sur ses goûts pour que l'on puisse savoir s‘il aime les mêmes jeux que nous, si l'on a la même vision de ce qui fait un bon jeu, nous avons mis en ligne des tops de nos jeux préférés puis nos sélections des meilleurs jeux parmi les sorties récentes.

La chaîne a ainsi grandi en notoriété et nous voilà reconnus nationalement comme Youtuber, avec quelque 62 000 abonnés à l'heure actuelle, ce qui en fait une chaîne majeure du paysage ludique français et qui suscite pas mal d'amusement quant à l'ampleur que prend cette chaîne, qui n'était pas vouée à devenir si "grosse". Grosseur qui explique sans doute la raison de cette interview ;)

 

Parallèlement à ça, j'ai fondé avec mes camarades toulousains une association de jeux, le Buena Partida Social Club, participé activement au Festival Alchimie du jeu de Toulouse, monté un Discord autour du jeu de société qui fédère aujourd'hui 2 500 membres et un podcast de jeu, en pause durant cette période sanitaire mouvementée.

 

Sinon j'aime Björk et l'Islande de manière générale, les personnes âgées, la patience, South Park et la filmographie de Lars von Trier.
Et je n'apprécie guère les chats, les pays chauds, les rapports de force, l'inhumanité de la classe politique actuelle et à venir, le manque de volonté en matière écologique.

Après cette présentation, je peux postuler à un entretien d'embauche, à un speed dating et à la députation...

 



Mais voyons Monsieur ! Ce n'est pas la grosseur de la chaîne Youtube qui compte !
Mais.... mais nous reviendrons à cette chaîne plus tard.



2) Que représente le jeu pour toi, le fait de jouer mais également le fait de faire jouer les autres ? 

Eh oui, on sait tous que ce n'est pas la taille qui compte, mais plutôt le watchrate divisé par le taux d'engagement rapporté au coef 100 du taux de transformation fois le nombre de clics par fiches affichées plus nombre de partages. 


Le jeu, c'est un vaste mot. Jouer, c'est avant tout une activité accessible à tous, tout le temps et par-dessus tout, improductive et inconséquente.
Jouer, ça ne doit pas être pris avec trop de sérieux, ça ne doit pas être cantonné aux simples jeux de règles et à la simple activité de jouer. C'est selon moi un peu plus philosophique que "physique".

 

Faire jouer les autres, dans une société hystérisée par le travail, l'efficacité, la rentabilité, c'est aussi un acte politique. Une ode à la simplicité, à la convivialité, au rendez-vous sacralisé. Le jeu, comme le sport (qui par bien des aspects est un jeu), a un potentiel fédérateur et rassembleur. Il met les joueurs à égalité face à une règle. Chacun a sa chance, que vous soyez grand ou petit, patron ou chômeur, riche ou pauvre. En ce sens il est, si ce n'est nécessaire, éclairant et bienvenu par les temps qui courent.

Faire jouer les autres c'est leur communiquer une passion, une activité qui a chamboulé ma vie, pour le meilleur, et c'est un souhait fait à l'autre, mon client, un festivalier, celui de vivre des expériences humaines aussi enrichissantes et amusantes que j'ai pu en vivre. Du partage en somme.

3) C'est par le fait de travailler au Passe Temps que ta vie a été chamboulée par le jeu, ou bien cela avait déjà été le cas avant, et si oui comment?

Devenir vendeur de jeux était plus une conséquence de cette trajectoire.

J'ai beaucoup joué enfant, jusque-là, rien de bien particulier. Il faut s'imaginer qu'enfant, j'étais tout petit et binoclard. Le genre qu'on aime martyriser dans la cour de récré. Mon leitmotiv c'était l'humour, l'amusement, le jeu. Et ça marchait plutôt bien (il faut ajouter à ça des prédispositions de contorsionniste, ça aide à être le clown de l'école).
Je me rappelle que j'avais introduit Magic dans mon collège. Un des deux collèges de ma ville. J'adorais y jouer, mais j'y jouais n'importe comment. Les 35 pages de règles écrites en arial 6, c'était trop pour mes 12 ans. Mais j'avais réussi à enrôler une petite armée de joueurs dans la cours de récréation, suffisamment pour qu'on ne sache plus que j'étais à l'initiative de la chose. Quand on a fini par rencontrer les joueurs du collège du centre ville, qui ont explosé de rire quand ils ont vu qu'on jouait avec les pieds. Heureusement, personne ne savait plus que j'en étais le responsable. Et ça me faisait bien rire.

 

 Mais c'est ensuite par le théâtre que j'ai joué, des rôles, des exercices, des jeux d'improvisation. C'était ma passion adolescent.   

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Simon au Passe temps 

 

 

 

Puis, vers 2002, avec un petit groupe d'amis comédiens et théâtreux, je me suis plongé dans Catane, Elixir, le mafieux. Dès lors mon envie de jouer prenait le pas sur d'autres activités. Mes soirées étaient guidées par le fait de rassembler suffisamment de monde pour pouvoir jouer aux Loups Garous, ou suffisamment peu pour pouvoir jouer à Maka Bana ou Mare Nostrum. Je fédérais pas mal d'amis, j'organisais toujours des soirées à gauche à droite, chez l'une chez l'autre. Je pouvais parfois faire 1h15 de route, juste pour pouvoir faire une partie de Caylus. J'avais toujours l'impression de jouer moins que ce que j'aurais voulu.

En arrivant au Passe Temps, j'avais déjà, sans m‘en rendre compte, un bagage de joueur, mais j'avais surtout l'envie débordante de découvrir et de partager de chouettes moments avec des joueurs, amenés à devenir mes amis et inversement. Disons que c'est comme si un affamé était embauché comme goûteur. Mon arrivée au Passe Temps était plutôt la fin d'un chamboulement. Parce que niveau finances et perspectives, c'était plus la débrouille qu"autre chose. Un peu de stabilité était bienvenue.




"Gamin, on m’appelait sparadrap."

 



4) Tu continues d'ailleurs à faire le clown sur la chaîne du Passe Temps.
Je dois te faire une confession, et ne le prends pas mal, mais en te voyant sur les vidéos je te donnais 23/25 ans.
Un jeune chien fou plein de charisme n'arrêtant pas de parler, indubitablement passionné par ce qu'il nous raconte mais accaparant parfois la parole à ses collègues, tout à la fois passionnant et irritant.
Te rends-tu compte de cette énergie que tu dégages et travailles-tu dessus?
Est-ce d'ailleurs selon toi une énergie indispensable en tant que vendeur, afin de séduire ton public et lui transmettre l'amour des jeux ?


Je n’ai aucune raison de mal le prendre :)

 

Gamin, on m’appelait sparadrap. Je parlais tout le temps au point que certains dans ma famille voulaient me mettre du sparadrap sur la bouche pour me faire taire. 

 

J’ai une notion du rythme en vidéo qui tient parfois plus de la techno que du classique. Et ce rythme, j’ai bien conscience de l’imposer aux autres et que cela n’a rien d’agréable, ni pour eux, ni pour moi. 

J’ai bossé là-dessus, on a bossé là-dessus. 

On travaille davantage les présentations de jeu pour être sûrs que tous les arguments que l’on souhaite mettre en avant soient connus avant le tournage et que chacun ait l’occasion de s’exprimer dessus. 

 

Se filmer, c’est se livrer. Et le jugement que l’on peut avoir sur soi-même sera partagé par d’autres. Je sais que ma personnalité à l’écran peut être clivante. Il n’est pas question pour moi de la travestir mais plus de la faire évoluer, d’évoluer moi-même. Avec plus ou moins de réussite. Il faut bien dire qu’après certains tournages, surtout quand je me filme seul, je hurle de désespoir tellement je me saoule moi-même à parler sans discontinuer. 

 

Même là je trouve ma réponse trop longue. 

 

J’en reviens à ta question. Rien n’est indispensable pour vendre si ce n’est de l’empathie avec l’acheteur. D’ailleurs j’utilise peu le terme de vendre, je ne m’y associe pas. Je transmets ma passion, à travers la vente de jeux. Ça peut sembler hypocrite mais c’est sincèrement la façon dont je conçois mon métier. 

L’énergie que je peux y investir traduit juste mon envie de communiquer mon enthousiasme. 

Elle n’est pas un moyen d’arriver à la vente. Ce serait idiot de penser qu’il faut être sous amphétamines pour être un bon vendeur. On n’est plus dans les années 80.


Effectivement je te trouve plus canalisé qu'au départ.

Avant d'aborder le Passe Temps la chaîne, j'aimerais aborder Le Passe Temps le magasin.

5) Le premier magasin de jeu spécialisé que j'ai fréquenté au milieu des années 90 était sombre, le seul vendeur avait les cheveux longs façon rockeur, les clients étaient presque tous des geeks, parfois accompagnés d'une femme... leur mère.
En 2021, la moitié des joueurs sont des joueuses, cela va du jeune adulte voulant réaliser une soirée apéro avec ses amis à la famille, grands-parents compris, jouant à un jeu de plateau.
Comment avez-vous abordé ce changement au Passe Temps, ton patron et toi ? Avez-vous pris des décisions importantes afin de faire le bond en avant que le changement de clientèle de jeux demandait ? Je parle en thème de décor du magasin, de jeux plus commerciaux à mettre parfois en avant comme Blanc-manger Coco, ou dans le fait de "sacrifier" certains jeux moins mainstream?
En résumé, y a-t-il eu de réels choix à faire?


J'ai toujours eu une répulsion pour ce type de lieu. Jadis à Toulouse il y avait un magasin qui s'appelait Jeu m'agine. Ca sentait fort la sueur de joueur de Magic, limite au point de donner envie de changer de fringues en rentrant chez soi.
Pour Bruno comme pour moi, un magasin se doit d'être le plus accueillant possible. Par contre, une boutique de jeux où chaque boîte est en allemand et illustrée par Doris Matthäus et Franz Klemens, c'est pas méga chaleureux. 
Le virage s'est opéré de lui-même. L'arrivée de Filosofia sur le marché ou encore d'Ystari, qui localisaient les jeux, a fait évoluer les facings de nos rayons. Dobble et Bazar Bizarre nous ont permis de faire jouer en magasin très simplement. La couverture de Dixit ou de A l'Ombre des Murailles a été un choc visuel en rayon à sa sortie, vieillissant de fait toute la concurrence.

 

La diversité de l'offre nous a poussés à mieux penser l'espace de la boutique, qui n'est pas extensible à l'infini. D'un magasin tout facing avec des boîtes de démos manipulables par centaines, nous sommes passés en 2011 à un magasin où les jeux reposaient sur la tranche, par gain de place, mais en conservant des jeux installés, prêts à jouer sur nos meubles. C'est un des aspects qui différencient notre magasin, l'exposition des jeux. Mais surtout, la catégorisation a été nécessaire. Mettre d'un côté les jeux coop, les jeux d'ambiance pur, les jeux solos, etc. Puis nous avons décoré le magasin d'une fresque représentant toute la diversité des jeux. Quand on passe dans la rue, on voit des couvertures de jeux géantes sur nos vitrines qui présentent aussi bien les Loups-Garous que 7 Wonders. Un référentiel pour le passant qui devient un élément du paysage urbain, donc de la culture populaire.

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                                                                        Où est Charl....Simon? 

 

 

 

Au-delà de ça, un magasin doit s'adapter à la demande. Ce n'est pas être mainstream de cesser la commercialisation de certains jeux, c'est juste estimer que la demande n'est plus là. Nous n'arrêtons jamais les ventes d'un jeu qui se vend par dogmatisme. Je n'aime ni Puerto Rico, ni Takenoko, je pense que Tikal a vieilli et que l'éditeur de tel ou tel jeu est un con et que la marge sur tel ou tel jeu est mauvaise, mais j'ai grand plaisir à savoir que ces jeux satisferont des envies. Ma problématique n'est pas toujours celle de mes clients et c'est très bien ainsi.
Maintenant, je pense qu'en termes de références, de diversité et de prises de risque, peu de magasins peuvent se targuer d'avoir la richesse de notre offre. Mais ok, on ne fait pas d'import ou très très peu !


6) Tu parlais d'élément de paysage urbain et de culture populaire.
Bien que je ne sois pas forcément toujours en adéquation avec certains de ses acteurs, je dois reconnaître que Toulouse est une place forte du monde ludique français de par son festival l‘Alchimie du jeu, ses nombreux auteurs de jeux, ses différentes chaînes youtube, ses bénévoles...
Comment expliques-tu cette émulation ?


Alors déjà, il n'y a pas de mafia toulousaine. On ne peut pas faire de généralités sur les gens en disant "les gens de Toulouse", nous sommes tous différents. 
Mais si une interview peut être un dialogue, je serais curieux de savoir de quelle inadéquation il s'agit.

 

D'une part cela s'explique sociologiquement. Toulouse est une ville d'ingénieurs en aéronautique et en spatial. Ingénieurs qui aiment se jouer des contraintes, donc plus portés à être joueurs. 
Ces même personnes se sont très vite retrouvées dans des associations et ont rejoint le projet de Bruno Desch, le gérant du Passe Temps, de monter un festival gratuit, accessible à tous.
Ce festival, l'Alchimie du jeu, est un des plus dynamiques de France, ouvert, gratuit et a été une rampe de lancement majeure au hobby qu'est le jeu de société. Des concours d'auteurs, la venue d'éditeurs et d'auteurs reconnus, un bouche-à-oreille enthousiaste et une large redistribution des recettes et des jeux aux associations. Un cercle vertueux était en place.
Dans l'esprit des toulousains, c'est devenu chouette, socialement accepté, l'événement attendu.

Après, une politique de la ville en faveur des ludothèques très nombreuses, un nombre de boutiques record et quelques personnalités locales porteuses de volonté de rassembler, et le tour est joué.

En résumé, un terrain sociologique favorable et des initiatives individuelles heureuses et généreuses.


Tu as tout à fait raison, il ne faut pas généraliser et je reformule donc : Je ne suis

pas en adéquation avec certains de ses acteurs.

7) Aurais-tu une anecdote marquante, drôle ou émouvante, qui te soit arrivée en tant que vendeur?


Plein, 
tu imagines bien qu'en 14 ans il s'en passe des choses ! 

Drôle : la petite vieille dame émerveillée par Mystère à l'abbaye, qui me tend la boîte en me demandant : "Vous auriez le même à la synagogue ?"

et dans une registre plus émouvant, c'était cet après-midi. 

Une vieille dame à la marche poussive mais combative, avec son mari à son bras, qui vient nous acheter un puzzle de 1000 pièces. Ils viennent ensemble bras dessus, bras dessous acheter des puzzles de tableaux, des panoramas bucoliques illustrés par des allemands romantiques. Ils ont quelque chose de suranné mais de touchant. Elle passe un long moment devant le rayon puzzles avec son mari et finalement, ils prennent la décision de plutôt prendre un puzzle de 500 pièces. On comprend que ce sera plus facile pour elle. Que le temps des 1000 pièces est déjà derrière. J'ai trouvé ça émouvant et je pense qu'ils comprenaient eux aussi que le temps passait. Le puzzle n'était qu'un rappel de plus qu'ils emportèrent chez eux, petits pas après petits pas.

 

Oui, j'aime bien les personnes âgées :)


Tu m'en parlais déjà au tout début de cet entretien. Pourquoi cet amour des personnes âgées?

Marrant,
les jours s'écoulent entre deux questions et je ne me rappelle plus vraiment de ce que j'ai bien pu dire auparavant :)

Du coup ça me pousse à réfléchir. 

 

J’ai toujours éprouvé de la tendresse pour « les vieux ». Faudrait que je demande à un psy. Mais à quoi bon savoir, à quoi bon comprendre. 

 

Pour ce qui est du jeu, activité chronophage et totalement improductive, je trouve que c’est un loisir parfaitement adapté au grand âge et je regrette que ce loisir ne soit pas plus répandu chez les plus de XX années (je met des X parce je n’ai pas vraiment idée de l’âge précis de la vieillesse, ni l’envie de vexer qui que ce soit).

 

J’aime les jeux de vieux, les Skyjo, les Rami et autres Qwirkle, car ils parlent a un public encore peu familier aux jeux contemporains. Je pense que le retraité de demain sera un joueur de Roll & write et autres jeux de plateau familial type Carcassonne. Du moins l’idée me plairait beaucoup.

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                                                                              Bruno le patron et Lola l'employée

 



                                                    "J’ai toujours refusé d’être Le gay"


 



8) Tu parles de psy et je vais en profiter pour une question plus personnelle, à laquelle tu répondras si tu le souhaites, ou non.
A une autre époque pas si lointaine, la psychiatrie considérait l'homosexualité comme une maladie psychiatrique.
Il me semble que tu parlais dans l'une de tes dernières vidéos de ton copain.
Selon les milieux, l'homosexualité n'est pas toujours vue sous un bon jour, pour ne pas dire plus.
Il était impossible par exemple pour mes potes d'adolescence de considérer que l'un d'entre nous le soit (homosexuel).
Je ne suis pas là pour juger les sentiments de chacun mais l'important surtout, selon moi, c'est de ne pas blesser les gens et de les laisser vivre leur vie, quoi que l'on pense de l'homosexualité.
8 A) Comment le vis-tu au quotidien pour ta part ? As-tu déjà été confronté à des violences verbales ou physiques par rapport à ton homosexualité ?
8 B) Comment l'as-tu annoncé à tes proches et que souhaiterais-tu dire à un jeune ado qui se retrouverait dans cette situation en sachant que cette annonce ne sera pas forcément bien acceptée ?
[Note du rédacteur : Si la question est peut être maladroite dans sa formulation, elle permet indéniablement  à l'invité d'exprimer s'il le souhaite (ou non) le sujet de l'homophobie. Quelque soit ma position sur le sujet je continue à fréquenter dans la vie de tous les jours des personnes homosexuels ou homophobes, parce qu'il me semble inconcevable de ne pas échanger avec tous. ]



Je ne te cache pas que je suis un peu interloqué par ta question. 

 

Bon, déjà, je discute assez librement de ma vie professionnelle et donc personnelle car l’une empiète sur l’autre et réciproquement.

 

Pour autant, je ne compte pas parler de mon coming out en public, ni ici, ni ailleurs. Ce sont des choses qui relèvent pour moi de l’intime et qui ont vocation à le rester. 

 

Les gays sont une minorité, au sens social de la chose, comme les femmes, les noirs, les handicapés et j’en passe. Et de fait, c’est une étiquette. Je n’ai jamais cherché à fuir la réalité mais j’ai toujours voulu fuir l’étiquette qui allait avec. Je me rappelle ado, je me pensais gay, mais je ne voulais pas l’assumer publiquement car je ne voulais pas être catégorisé ainsi.

 

Chacun est unique et ne peux supporter la généralisation. 

J’ai toujours refusé d’être Le gay. Je suis un joueur, je suis commerçant, je suis contorsionniste, je suis comédien, je suis myope, je suis gay, je suis noctambule, je suis bavard, je suis rancunier, je suis un garçon, je suis patron, je suis comédien et pourtant, je n’accepte pas qu’on me réduise à une seule de ces choses, ni même je ne pense qu’aucune d’entre elles ne me définisse absolument.

 

J’ai été confronté comme tous les gays à des brimades, des agressions physiques et tout le reste. A mon niveau, je prône la banalité, banalité dans laquelle nous vivons. 

Tu parles de jugement, c’est pour moi une souffrance de lire cela. Il n’y a pas à me juger, ni à juger qui que ce soit. Je suis ainsi, né ainsi, et ce que je fais de mes amours et de mon cul n’a pas à être jugé et ne rentre pas dans la case de ce que sur quoi j’envisageasse qu’il puisse y avoir un jugement à poser. 

 

J’ai l’impression à te lire que l’idée d’homosexualité renvoie encore à maladie, jugement, brimade. Ce sont les premières images auxquelles tu penses à associer ce fait. Et ça me désole. 

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Simon sait s'entourer! 

 

 

 

Ce qui est important pour moi ce n’est pas de revendiquer mon homosexualité, c’est de ne pas chercher à la cacher. 

Oui, des tas de gens aux vies et mœurs hétéroclites vont m’entendre parler de ma vie au détour d’une présentation d’un jeu, d’un partage de ma vie. Oui dans nos vidéos il y a plus de filles que de garçons. C’est ainsi, c’est la vie, c’est notre société et notre quotidien. 

Et quand je pense que Wingspan, un jeu d’une autrice féministe engagée, a été lancé en France aussi par une vidéo de 3 gays en vacances en Islande et que ça n’a soulevé aucun questionnement, aucun commentaire, c’est pour moi que la question n’existe pas et que les temps que tu évoques sont révolus ou voués à l’être. 


Je me fais l'avocat du diable. Ce n'est pas mon jugement, mais celui que des gens porteront, qu'on le veuille ou non, et je pense qu'il faut savoir aussi en parler, comme tu l'as fait à ta manière finalement.

9) Après cette question poltiquement incorrecte, j'aimerais revenir au jeu de société.
Il est assez rare de voir des thèmes graves, dérangeants, dans le monde du jeu comme peuvent le faire le cinéma, la littérature ou la musique par exemple.
Tout d'abord es-tu d’accord avec cela et si oui, comment expliques-tu cette frilosité de la part des éditeurs d'aller plus loin dans un engagement fort par leur jeu?


Le diable n’a pas besoin d’avocat. Colporter des propos homophobes, c'est la maintenir en vie, cette façon nauséabonde et étriquée d'envisager le monde. 

 

Ça aurait été intelligent que tu me demandes si cela influait d’une manière ou d’une autre sur mon rapport aux jeux, aux thématiques qui y sont abordées, aux joueurs plus largement.

 

Mais non.

 

Le politiquement correct ?

Mais tu n’as avancé aucune opinion politique ? Ça n’a aucun rapport. Non c’était juste, a minima, indélicat de ta part.
 

Pour en revenir à ta question des thèmes de jeux : on trouve sur le marché actuel des choses plutôt pas mal. Holding On et Comanautes, les Intime Conviction, Les Demeures de l’Epouvante, This War of Mine, Estrella Drive, Prise d’otages, Freedom... Je conçois que ça reste une niche, je tenais juste à souligner qu’il y a des propositions, j’en oublie sans doute un bon nombre.

 

Je ne pense pas qu’il y ait de prime abord de frilosité de la part des éditeurs. Je pense qu’il y a en amont, un manque de proposition de la part des auteurs. Je veux dire en cela que personne n’y pense. L’idée n’est pas dans l’air du temps.

 

De petites maisons d’édition qui visent de rentrer dans leurs frais et non le profit pourraient le proposer.

De grosses maisons d’édition voulant faire émerger un jeu atypique pourraient le proposer.

Mais sur quelle base ? Quel proto, quelle idée ?

 

Il faudrait un appel à création. Je pense que le joueur serait réceptif à un concept de jeu qui bouleverse les convives. Qui interpelle. Qui fait débat ?

 

On attend donc que tu édites un jeu sur des gays poursuivis par l’avocat du diable souhaitant les mettre à l’asile. On demandera à Éric Zemmour si il a une idée de proto.


 

Je me trompe peut-être mais je pense que pour défendre des idées, et surtout avancer humainement, il faut comprendre les idées et les gens en face de soi, quitte à ne pas être radicalement d'accord avec eux.

Je ne t'ai pas demandé si cela influait sur tes jeux car, à tort peut-être également, je n'ai pas pensé ta sexualité pouvait influencer les jeux que tu aimes. Cela ne m'est pas venu à l'esprit.

La question n'était pas faite pour être indélicate - je suis désolé si cela l'a été et je te présente mes excuses - mais pour justement parler de sujets qui ne sont pas forcément abordés dans les interviews du monde ludique.

Pourquoi selon toi l'idée n'est pas dans l'air du temps ?


Je ne suis pas éditeur et je n'en ai pas les compétences, donc non je n'irai pas éditer ce jeu, mais cela m'intéressait de voir des sujets sensibles qui posent question. 



J’apprécie que tu poses des questions qui ne sont pas posées, n’en doute pas, c’est assez agréable comme exercice. 

 

J’aime comprendre des idées, des raisonnements de pensées, des logiques, cqfd, je suis joueur. Maintenant, je ne classe pas la case idée, l’opinion moyenâgeuse qui laisse à  penser que l’homosexualité est une déviance.

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                                               Les Caylus boys, célèbre groupe de musique toulousain

 

"Cette logique [....] bride la créativité au profit de l’efficience commerciale." 

 

L’idée n’est pas dans l’air du temps car le monde du jeu a été (à mon sens) pendant longtemps obnubilé par sa non-existence populaire.

Les éditeurs courent après les best-sellers. Les prix, le Spiel, l’As d’or, visent à promouvoir le jeu auprès du grand public via l’accessibilité, la concorde du grand public.

 

Chaque apparition de l’objet jeu de société dans les médias classiques, journaux, télévision, radio est un micro-événement. Comme si on attendait encore le grand retour du jeu de société. Le loisir est encore marqué de l’emprise mentale de ceux qui, il y a 20 ans, luttaient pour faire émerger ce loisir. Et donc, à la recherche de jeux ambassadeurs auprès de la ménagère de moins de 60 ans. Que le jeu devienne un objet de consommation, de grande consommation. 

Cette logique influe sur 90% des créations actuelles et bride la créativité au profit de l’efficience commerciale. 

 

Le coût de fabrication et de promotion d’un jeu a grandement augmenté. Le fameux « ticket d’entrée ». Les éditeurs frileux, justes en trésorerie, ne prendront pas le risque de ne pas parler au plus grand nombre. Car c’est menacer leur survie, leurs emplois. 

 

 

Pour sortir un jeu atypique, au thème dur «  Anne Frank, le jeu », il faut être soit philanthrope, soit auto-éditeur, soit calé en histoire.

Un jeu comme Freedom, qui propose de simuler la survie d’esclaves pourchassés par des chasseurs de prime, réussit car il allie gameplay et fort background historique. Forcément, il faut l’auteur qui va avec (un historien de la période). Secret Hitler, c’est par les éditeurs de Cards Against Humanity... Ils ont les moyens d’être philanthropes, le jeu est d’ailleurs disponible en Creative Commons et copie partout dans le monde.

 

Les éditeurs, les auteurs ont leur problématiques. Quid du client ? Du joueur ?

Je le vois en boutique, cela attire, interroge. Je ne dis pas que 90% de mes clients seraient prêts à acheter un jeu sur un thème lourd, de type Arte, mais bien 50% franchiraient le pas si je pouvais leur assurer que cela les enrichirait intellectuellement et humainement autant qu’un livre, et ce avec peu d’investissement en termes de règles, de matériel et d’installation. 

 Peu de jeux en sont capables. 

J’attends le scénario d’Intime Conviction sur la peine de mort. 


10) Tu parles de Cards Against Humanity.
Il est de bon ton pour les professionnels du monde ludique de critiquer ouvertement son "homologue" Blanc-manger Coco, considéré comme un plagiat de Cards Against Humanity, mais également comme un jeu permettant aux joueurs racistes, homophobes, etc. d'exprimer leur haine ouvertement.

Je ne suis pas d'accord avec cet avis assez répandu, peut-être naïvement, mais j'aimerais ton avis.
Qu'en penses-tu tout d'abord et acceptes-tu de vendre ce jeu qui peut t'offenser ?

 

Je peine à avoir un avis sur la question.

 

J’y ai joué, deux fois, trouvé ça drôle. Puis trouvé ça lourd. Bien lourd.

 

Il y en a pour tous les goûts, toutes les personnes, ça cogne sur les gays, les Noirs, les handicapés, les fans de Johnny et les femmes... 

Libère-t-il la parole raciste ?

Je ne pense pas. Mais je n’affirme pas avoir raison. 

 

Quand à la question de commercialiser ou non ce qui serait un plagiat. 

Qu’on me dise que c’est un plagiat. Moralement, vous pouvez le penser. Mais ce n’est pas ce que dit la loi. 

Je suis vendeur, d’un produit édité, distribué, commercialisé. Je ne pense pas être plus malin que mes confrères ni plus malin que les consommateurs. C’est vendable, je vends. 

 

Mais sans doute la loi est-elle trop peu diserte sur le sujet des droits et de la protection des jeux. Ce n’est pas là mon domaine d’expertise.
 

 

11) Tu m'avais laissé un indice dans l'une de tes réponses précédentes, en me disant "je suis patron". Nous venons d'apprendre il y a quelques jours que ton patron, Bruno Desch, te passait la main.
Qu'est-ce que cela représente pour toi d'être à présent le patron d'une entreprise avec des employés qui étaient encore il y a quelques jours tes collègues?
Est-ce que cela était une évidence pour toi de reprendre Le Passe Temps, avais-tu d'ailleurs suggéré l'idée à ton patron ou t'es-tu posé longuement la question de devenir le responsable du magasin, avec tout le poids que cela peut représenter ?

A suivre...

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Saison 1

Yves Hirschfeld
Benoit Forget
Bruno Faidutti 1ère partie
Bruno Faidutti 2ème partie
Naiade
François Haffner 1ère partie
François Haffner 2ème partie
Pierô Lalune
Timothée Leroy
Mathilde Spriet
Sébastien Pauchon
Tom Vuarchex
Vincent Dutrait 1ère partie
Vincent Dutrait 2ème partie
Christophe Boelinger 1 ère partie 
Christophe Boelinger 2ème partie
Régis Bonnessée
Roberto Fraga 1ère partie
Roberto Fraga 2 ème partie
Cyril Demaedg
Bruno Cathala 1 ère partie
Cyril Blondel
Bruno Cathala 2ème partie
Yahndrev 1ère partie
Yahndrev 2ème partie
Emilie Thomas
Sebastien Dujardin
Florian Corroyer
Alexandre Droit
Docteur Mops 1ère partie
Docteur Mops 2ème partie
Arnaud Urbon
Croc
Martin Vidberg
Florent Toscano
Guillaume Chifoumi
Nicolas Soubies
Juan Rodriguez 1ère partie
Juan Rodriguez 2ème partie
Bony
Yannick Robert
Docteur Philippe Proux
Franck Dion 1ère partie
Franck Dion 2ème partie
Franck Dion 3ème partie
Yoann Laurent
Carine Hinder et Jerôme Pélissier
Dominique Ehrhard
Christian Martinez
Maxime Savariaud
Véronique Claude
Shadi Torbey
 

Saison 2 
 

Fabien Bleuze
Serge Laget
Djib 1ère partie
Djib 2me partie
Florian Sirieix
Farid Ben Salem 1 ère partie
Farid Ben Salem 2ème partie
Julien Lamouche
Jean-Louis Roubira 1ère partie
Jean-Louis Roubira 2ème partie
Philippe des Pallières 1ère partie
Philippe des Pallières 2ème partie
Julian Malgat Tome 1
Philippe Tapimoket 1ère partie
Philippe Tapimoket 2ème partie
Théo Rivière
Reixou
Nicolas Bourgoin
Natacha Deshayes
Gary Kim 
Emmanuel Beltrando
Tony Rochon

Thierry Saeys
Lia Sabine
Igor Polouchine 1ère partie
Igor Polouchine 2ème partie
Bernard Tavitian
Marcus 1ère partie
Marcus 2ème partie
Gaetan Beaujannot
Jean-Michel Urien
Michel Lalet 1ère partie
Michel Lalet 2 ème partie
Michel Lalet 3ème partie
Christophe Raimbault
Gaelle Larvor / Nam-Gwang Kim
Stefan Feld


Saison 3

Catherine Watine
Jean-François Feith
Nadine Seul 1ère partie
Nadine Seul 2 ème partie
Guillaume Lemery 1 ère partie
Guillaume Lemery 2 è me partie
Jérémie Fleury Tome 1
Aurore Matthey
Richard Garfield
Rémi Amy
Eric Jumel

Hadi Barkat
Roméo Hennion
Clément Leclercq
Blaise Muller
Claude Leroy 1ère partie
Claude Leroy 2 ème partie
Marie Cardouat 1ère partie
Marie Cardouat 2ème partie
Gabriel Nassif 1 ère partie
Gabriel Nassif 2 ème partie 
Grégoire Sivan


Saison 4 

Julien Sentis
Bertrand Arpino 1 ère partie
Bertrand Arpino 2 ème partie
Olivier Ruel 1 ère partie
Olivier 2 ème partie
Léonidas Vesperini 1 ère partie
Léonidas Vesperini 2 ème partie
Arnaud Demaegd
COMER
Guilhem Gallart alias Pone


Saison 5 
Alain Mihranyan
Agathe Haffner
Maadou 1 ère partie
Maadou 2ème partie

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