Jeux Viens à Vous Bertrand Arpino
2 ème partie

La semaine dernière je vous présentai le début de mon entretien avec Bertrand Arpino, créateur de Bankiiiz éditions. 
Cette semaine la fin de son interview où nous parlons de l'art dans le monde ludique, de Blackrock son distributeur, de Team building, de jeu vidéo et de Juan Branco, mais également de fromage et des auteurs qu'il martyrise.



8) Tu me disais au début de cet entretien t'autocensurer sur la question du jeu de société comme forme d'art.

C'est un grand débat actuellement, notamment pour des idéologiques mais également pour des raisons de reconnaissance et commerciales. Tu disais avoir une approche très pragmatique de produit.

Comment envisages-tu personnellement la notion d'art et d’œuvre d'art et quelle est selon toi sa place dans un
jeu ?


Comment j'envisage la notion d'art et d’œuvre d'art ?

Pour moi l'art est une création de l'esprit ayant pour but de déclencher une émotion chez les autres, donc oui les jeux de sociétés rentrent dans cette catégorie.

Je disais avoir une approche très pragmatique de produit (et j'ai peur de me répéter), car à la fin du mois, il faut que je mange :).

En tant qu'éditeur, on a beau sortir le "plus beau jeu du monde" pour nous, ou la "plus belle expérience ludique", si les gens n'achètent pas le jeu pour différentes raisons, on ferme.

C'est pour cela que je parle d'approche pragmatique, il faut que le jeu corresponde à ce que les gens veulent acheter.

Ça n'empêche pas le jeu de société d'être une forme d'art.
 

Je suis un gros joueur de jeux vidéo et quand je joue à des jeux comme "Gris", "Inside" ou même "Céleste", je me dis qu'on a encore du chemin en terme de transmission d'émotions.

Mais en même temps notre média est différent, il est moins immédiat, mais plus sociable, il a ses forces et ses faiblesses.

Donc personnellement je pense que tout jeu est une forme d'art, il n'y a pas question de la place de l'art dans un jeu, un jeu est une œuvre d'art.
 

Je vais me faire l'avocat du diable, mais une moto, le fromage voire même la drogue sont des créations de l'esprit créant de l'émotion, sont-ce pour autant des œuvres d'art ? :)
 

En quoi un fromage est-il une création de l'esprit ?

Il existe des process pour toutes les choses que tu cites, pas pour la création d'un jeu, ni d'écriture d'un livre ou encore moins pour peindre un tableau.
 

Si je tape "faire un fromage" sur google, je vais avoir une recette, une liste d'ingrédients. Même chose avec la moto je vais avoir un ensemble de pièces à agencer entre elles, ou des substances pour les drogues.

Mais pour un jeu ? Tu prends 55 cartes, 2 dés 6 un damier et puis bah ...

Après il faut que tu inventes quelque chose, ou que tu réinventes ou que tu récupères, mais il faut que tu crées quelque chose.
 

Je dois l'avouer, le fromage est une création des dieux ! ;-)

Plus sérieusement, si tu souhaites que ton fromage ou ta moto soient différents de tous les autres, tu vas devoir également inventer des courbes, un goût, une odeur.
N'y a t-il pas également une réflexion de l'esprit à rendre beau ou à donner un caractère particulier qui fera que ce sera cette moto ou ce fromage te touchera toi et pas un autre ?

 

Là tu parles d'adapter quelque chose pour qu'il nous parle à nous. C'est autre chose que de créer un objet pour susciter l'émotion chez l'autre et c'est un autre débat.

Le but d'un jeu, c'est de faire jouer, de créer des émotions, de divertir, c'est son but premier.

Le but d'un fromage à la base c'est de nourrir, celui d'une moto de se déplacer. De base on ne répond pas aux mêmes besoins.

Je suis d'accord qu'on va chercher dans la conception à transmettre des émotions, mais je suis moins d'accord dans la liberté de création.

Les contraintes techniques font que tu seras limité voire guidé. Au final quelles sont les contraintes techniques d'un jeu ?

Surtout avec KS, on peut se permettre des folies :)
 

Pour moi du moment qu'on s'accorde à dire que les jeux vidéos sont une forme d'art, je ne vois pas comment on peut le nier pour les jeux de sociétés.

Mais je suis loin d'être un spécialiste de ce genre de débats :), encore quelques questions là dessus et je capitulerai en disant que tu as raison.
 

Des contraintes d'âge, de matériel, de budget, de temps de partie, d'impact écologique ?

Je t'avoue que je ne suis pas certain pour ma part que le jeu vidéo soit un art mais le but de la discussion n'étant pas de trouver des réponses mais simplement de poser des interrogations :-)

 

9) Tu es distribué par Blackrock, un distributeur reconnu pour sa relation privilégiée avec ses éditeurs, contrairement à d'autres parfois plus gros ayant une relation plus commerciale dirons-nous.

As-tu déjà été, avec le succès de Bubblee pop par exemple, contacté par d'autres distributeurs et qu'est-ce qui a pu te faire rester chez Blackrock justement et envisages-tu ta relation sur le long terme ?

Pour répondre à ta question, non, personne ne m'a contacté et en effet, même si ça avait été le cas, je serais resté chez Blackrock.

C'est avant tout pour des raisons humaines, ce sont eux qui ont cru en Bankiiiz et au potentiel à l'époque, qui m'ont aidé dans les moments difficiles et avec qui j'estime avoir une relation privilégiée.

Même si le milieu se durcit de plus en plus, il reste quand même énormément de gens qui privilégient l'humain au côté financier. Je pense que Blackrock en fait partie.

Outre ce rapport humain, c'est également un distributeur qui fait très bien son travail et qui a une excellente approche avec les boutiques. Le fait que chaque boutique que je visite m'en dise du bien est un gros plus évidemment et encore une fois les résultats suivent.
Si les chiffres étaient mauvais, je n'aurais peut-être pas le même discours et le même attachement. Mais même quand ça a été le cas pour Banquet Royal, j'ai pu en discuter avec eux, on a essayé des choses, on est dans le dialogue.

Personnellement, ce que j'apprécie le plus, c'est de pouvoir prendre mon téléphone et tomber directement sur la personne que je veux contacter, avoir l'information ou le point de vue rapidement et le tout dans la bonne humeur.
C'est aussi simple que ça.

 

J'étais la semaine dernière en séminaire avec Blackrock et tous les éditeurs distribués par Blackrock et l'ambiance était vraiment bonne. Même si ça reste du travail, même si chacun a son point de vue, tout le monde échangeait et discutait de points sensibles de son métier et de son fonctionnement.

Séminaire Blackrock avec Mu Et Yokai

 


10) Justement , pourrais-tu nous parler de deux personnes du monde ludique, l'une pour

ses qualités professionnelles, et l'autre pour ses qualités humaines, l'un l'enlevant rien à

l'autre et vice versa ?

Florent Toscano des jeux Opla que tu as déjà interviewé je crois, autant pour ses qualités humaines que pour ses choix professionnels.

Il a choisi de ne pas faire de concession sur l'impact écologique de ses jeux et je trouve ça admirable, je trouve son engagement admirable.

On en parlait plus haut, mais il s'impose des contraintes physiques pour ses jeux, pour sa production et pour lui la contrainte écologique domine toutes les autres.

C'est quelqu'un que j'admire beaucoup.
 

Je vais faire une entorse à la question avec la deuxième personne puisque je vais parler de Sébastien Khim et Clément Milker tous deux dirigeants de Catch'Up Games.

Je voudrais parler d'eux pour leurs qualités professionnelles. On a monté nos maisons d'éditions en même temps et ils ont su gérer les projets et les éditions, mieux que je ne l'ai fait et leur analyse mécanique est toujours pertinente.

Ce sont des gens qui comptent beaucoup dans mon processus éditorial, c'est un peu mon pôle qualité - sécurité :)

C'est également des personnes que j'admire beaucoup.



"Le bourreau des auteurs, celui qui les fait pleurer."


 

11) Peux-tu maintenant nous raconter une anecdote marquante drôle ou émouvante

que tu as vécu lors d'un festival ?

C'est un peu un runing gag en festival du coup je me dois de raconter une anecdote selon laquelle je serais un affreux personnage qui fait pleurer les auteurs qui présentent leurs prototypes.

C'était à Cannes, il y a 3 ou 4 ans, au off le troisième soir. Autant dire que tout le monde était déjà bien fatigué :)

Je faisais un tour des prototypes et j'ai aperçu un confrère éditeur à une table.

Je m'approche et lorsqu'il m'aperçoit, il fait un léger non de la tête, comme pour m'avertir de ne pas m’asseoir.

J'attends qu'il finisse sa partie pour avoir son retour, mais il s'est simplement levé avec un sourire en disant merci à l'auteur.
 

Je décide alors de prendre la suite pour essayer le jeu et pouvoir donner un retour à l'auteur pour lui permettre d'avancer ou au moins d'avoir mon ressenti et celui des gens qui m'accompagnent.

L'auteur commence l'explication de son jeu dont je ne me souviens plus très bien des tenants et des aboutissants. Je me souviens seulement d'avoir été surpris par la faiblesse de la proposition...

Une sorte de jeu de l'oie avec des cartes à la place du dé, le tout sur un chemin avec deux embranchements.

Je commence alors à discuter avec lui de ses choix en terme de game desing, pourquoi avoir mis en place un chemin avec si peu de choix, que voulait-il apporter par la gestion de la main carte alors que tout menait au même endroit, etc...

A chacune de mes questions il répondait que "c'était un jeu pour enfant" et que "je me posais trop de question", que "je jouais comme un adulte, alors qu'il fallait jouer comme un enfant"...

J'ai essayé pendant quelques minutes de lui faire comprendre que le jeu pour enfant devait aussi répondre à des contraintes et être intéressant pour les parents, mais rien n'y faisait.
 

Il prenait également à parti d'autres personnes autour de la table pour essayer d'appuyer ses réponses qui n'étaient en aucun cas mécaniques et sentaient la mauvaise foi . A force de discussion et sûrement parce que ça commençait à m’énerver, j'ai argumenté sur la vacuité de son jeu, me retrouvant face à un mur, jusqu'à ce que...

Jusqu’à ce que je le vois, comprenant enfin ce que j'essayais de dire depuis quelques minutes et assister à travers ses yeux, à l'effondrement de son château de carte mental.

Il se rendait compte sous mes yeux de la faiblesse de sa proposition et sous le coup de la fatigue et de l'émotion, j'ai vu les larmes lui monter aux yeux.

C'est encore assez perturbant même à écrire, car j'ai énormément de mal à gérer les conflits, socialement et émotionnellement.

J'ai été tellement pris de court devant sa réaction, que j'ai rapidement bredouillé une rapide excuse sur le fait que cela restait un ressenti personnel et je me suis enfui de la

table.

Evidemment mes compagnons d'infortune en ont rapidement profité pour faire de moi le "bourreau des auteurs", celui qui les fait pleurer.

Cannes 2019 avec Yokai

12) Imagine que nous passions une soirée ensemble mais que nous ne nous connaissons pas, propose-moi trois jeux dans le but d'apprendre à se connaître.
 

Ça va faire un peu placement de produit et je n'aime pas ça (ce qui est dramatique, parce que c'est mon métier aussi), mais je proposerais "450 things do to in your life" (qui est un jeu Lifestyle).
Dans ce jeu on va poser une question soit un peu décalée, soit plus générale comme "aimeriez vous faire le tour d'Afrique en bus ?" ou "faire l'amour dans les toilettes d'un avion ?" ou encore "venir déguisé en Mickey Mouse au travail ?".

Chaque joueur doit donner un chiffre comme réponse, de 0 (je ne le ferais jamais de la vie) à 3 (mais oui tout de suite !) et on doit deviner la somme totale des chiffres qui ont été donnés par les joueurs.

Evidemment il faut que tout le monde joue le jeu, mais ça permet de cerner rapidement les gens :)
 

Ensuite, je pense qu'un Decrypto permettra de voir si on a les mêmes références et si on est sur la même longueur d'onde. Et voir comment tu gères la défaite :)
 

Et pour finir, un jeu de rôle. N'importe lequel, n'importe quel système, n'importe quel univers.

Juste pour voir comment tu réagis, que ce soit sur le roleplay ou sur la gestion du groupe et des interactions.

13) Pourrais-tu nous parler d'un auteur ou d'une œuvre importante à tes yeux, que ce soit en littérature, théâtre, cinéma, jeu etc... que tu souhaiterais faire découvrir ou redécouvrir à mes lecteurs ?

Difficile de faire un choix ... Je pourrais parler de l'univers "The Witcher" roman / jeux mais ça ne parlera pas à tout le monde, et l'écriture est inégale je trouve.

Je pourrais parler de jeux vidéos en parlant de Céleste, Gris, Dead Cell ou encore l'univers des Dark Souls ... Je pourrais parler Bd, Comics, Mangas ...

J'ai un peu l'impression d'enfoncer une porte ouverte et de ne pas apporter grand chose d'original, mais si je ne devais retenir qu'une œuvre, ça serait celle de Hayao Miyazaki.

Chaque film / manga est une telle claque, une telle bulle d'air qu'il est difficile à notre époque d'être passé à côté. "Princesse Mononoke" est sûrement celui qui m'a le plus marqué.

Tout d'abord parce que c'est le premier que j'ai découvert par son message et sa beauté. Tous ses films m'ont marqué et sont pour moi des moments privilégiés et particuliers à vivre seul ou en famille.

"Oui bien sur qu'il faudrait, mais cela intéresse-t-il les gens?"

 

14) Avant de terminer cet entretien, j'aimerais parler d'un sujet important.

Il y a quelques jours, Julian Assange, fondateur de Wikileaks, a été arrêté à l'ambassade de l'équateur par la police britannique avec l'autorisation du diplomate équatorien.

La veille, Lenin Moreno, le président équatorien déclarait recevoir 10 milliards du FMI.

Wikileaks a révélé différentes informations au fil des années, de la diplomatie américaine aux mails d'Hilary Clinton en passant par l'espionnage des présidents français par la nsa ou des mails de l'équipe d'Emmanuel Macron afin de compenser l’allègement des cotisations patronales par la taxe carbone.

Le jeu de société nous parle de mondes fantastiques, de trolls, de nains, de fées.

Devrait-il à ton sens, comme d'autres arts le font, nous parler de notre vie actuelle, et de ce que nous vivons actuellement en dénonçant des dérives totalitaires actuelles par exemple ?

Le premier exemple qui me vient à l'esprit est Ponzi Scheme qui nous place à la place d'arnaqueurs qui tentent d'amener les investisseurs à financer des investissements frauduleux avec la promesse de rendements extrêmement élevés et de voir l'autre côté du miroir.

Je me souviens de ma seule partie au Flip de Partenay, où j'avais eu énormément de mal à répondre aux exigences du jeu d'un point de vue moral.

J'ai lu que le jeu Root était une transposition de la guerre en Syrie, mais je n'ai pas encore eu le temps d'y jouer.

Je pense qu'il y a d'autres exemples de jeux qui nous font prendre du recul, plutôt que de nous divertir.

Mais c'est surtout le but de nombreux "Serious Games" !

Bon nombre sont commandés par des ONG pour sensibiliser les populations sur différents points, soit sur la santé, soit sur la prise de conscience de problème de société.

Pour répondre à ta question, oui bien sur qu'il faudrait, mais cela intéresse-t-il les gens ?
 

Il faudrait repenser surtout le jeu en tant qu’œuvre et non en tant que produit. S'affranchir des contraintes commerciales et économiques et ne faire qu'un jeu pour le message qu'il veut transmettre.

On en revient donc aux Serious Games :)

 

 

Il m'est également arrivé de rencontrer des auteurs en festival dont le but n'était pas l'édition, mais la transmission d'informations ou l'accompagnement à une prise de conscience sur différents problèmes.

Je pense que donc que c'est déjà le cas, juste décalé de la "production" ludique actuelle, mais cela existe.

Pourtant certaines œuvres sérieuses arrivent à très bien se vendre en portant un réel message, comme actuellement le livre de Juan Branco, Crépuscule qui dénonce les dérives oligarchiques de notre pays et est numéro des ventes sans promotion des médias ou plus simplement Blast de Manu Larcenet, une histoire terrible sous forme de bande dessinée.

Pourquoi y a t-il dans notre imagerie collective une idée du jeu comme simple divertissement alors qu'il pourrait selon certains être plus que cela sans aller dans la catégorie ch... « ennuyeuse » du serious game ?

Les éditeurs qui ne veulent pas se mouiller sur certains sujets sensibles ? Les joueurs qui ne cherchent qu'à se divertir par le média du jeu ?

Pourquoi les serious games seraient chiants ou ennuyeux ?!

C'est intéressant cette représentation, que parce qu'un jeu veut t'apprendre quelque chose ou te transmettre un message, tu le classes, toi qui es extrêmement impliqué dans le milieu comme quelque chose de rébarbatif :)

Est ce que ça ne répond pas à ta question ?

Je me fais l'avocat du diable, je fais moi même du serious gaming et du team

building pour des entreprises et des élus, c'est bien pour cela que j'utilise ce terme

d'ennuyeux, car c'est bien souvent l'image qu'en ont les gens a priori.

Quand tu vois que les meilleurs ventes sont trustées par des jeux comme "Blanc mangez coco" tu penses que les gens sont à la recherche de message fort ? de position politique ou de prise de conscience ?

Oui peut être une petite partie, mais si c'est une petite partie, elle ne représente donc pas un intérêt économique suffisant :)

C'est caricatural et j'exagère le trait consciemment, mais je trouve facile de dire aux éditeurs : "Et bien alors ? Il faut prendre des risques ? Faites ce jeu-là, si vous le faites je l'achèterais, c'est sur !"

Tout semble plus simple quand ce n'est pas ton argent, ni ta société que tu mets en jeu.
Mais, oui je suis d'accord, il faudrait prendre des risques, bousculer les idées, porter des messages, aider à la prise de conscience. Mais c'est plus délicat de part notre média.

Les exemples que tu cites sont pour l'un très spécifique et dépendant de l'auteur et de la situation actuelle, mais sont surtout des médias à accès direct.
 

Pour le jeu, il y a ce passage à la règle et au comment je joue qui rend l'ensemble moins accessible, moins universel, mais ta question n'était pas comment toucher plus de monde, mais pourquoi ne pas toucher les gens avec des messages plus profonds. Je vais faire un parallèle parce que j'aime bien ça.

Le jeu vidéo GRIS est un jeu indépendant qui c'est vendu à plus de 300 000 exemplaires.

C'est beaucoup et peu à la fois, beaucoup pour un indé et peu face au 24 millions d'un FIFA.

Pourquoi je parle de GRIS ? Car au travers son gameplay et son atmosphère le jeu va nous faire traverser les différentes étapes du deuil. De manière subtile et poétique, mais c'est son message. Un message qui nous touche tous.

Beaucoup de joueurs n'ont pas vu le message, ne voyant qu'un changement de couleur et une histoire sans réel intérêt.
 

Attention, je ne dis pas que ces joueurs sont bêtes, mon point est que la transmission d'un message par un gameplay est plus compliquée que par un texte ou une image. Tu vas forcément réagir différemment, laisser plus de place à l'interprétation, en tout cas beaucoup plus que face à un texte construit qui argumente point par point pour te faire

passer son message, face à une scène, que ça soit en bd ou en film qui va choquer.

Et pour ce qui nous concerne, tu vas le faire en société, tu vas jouer avec les autres, avec une ambiance.

Est-ce que les gens qui jouent à "Secret Hitler" se posent des questions sur l'histoire ? Sur les drames de la guerre ?
 

Le peu de partie auxquelles j'ai assisté étaient plutôt joyeuses et ne portaient en rien un message sur la guerre.

Tout ça pour dire que oui, ça me semble intéressant d'amener d'autres histoires et de donner une autre dimension au jeu, mais cela me semble plus compliqué que pour les autres médias.
 

Je me permets de compléter ton idée par l'interview Alain Damasio, écrivain et auteur de jeux vidéo qui explique pourquoi cela est complexe d'utiliser le média jeu comme moyen d'expression de par sa mécanique.
 

https://thinkerview.com/alain-damasio-lintuition-de-la-science-fiction/

 

 

14) Le jour où tu devras quitter le monde du jeu, d’une manière ou d’une autre, que souhaiterais-tu que l’on retienne de toi professionnellement mais surtout humainement ?
 

Encore une question difficile, décidément :)

Je trouve ça un peu narcissique de souhaiter que les gens retiennent quelque chose de moi.

En dehors de mon cercle proche, je ne pense pas que les gens me connaissent ou connaissent Bankiiiz, cela reste très limité.

On peut se souvenir des jeux, rarement des gens derrière.

Pour être franc, je ne pense pas laisser quoique ce soit dans le monde ludique si jamais j'arrêtais Bankiiiz, mais ta question est "que souhaiterais-tu ?".

Je me considère comme quelqu'un de gentil, sûrement trop pour le monde des affaires (et cet adjectif est devenu péjoratif), mais je me considère comme tel.
Peut-être à tort, mais voilà ce que j'aimerais que les gens retiennent.

Idéalement, j'aimerais qu'ils retiennent qu'on peut réussir en étant gentil, mais si je devais quitter le monde du jeu, je ne pense pas qu'on puisse voir ça comme une réussite :).

 

 

15) Bertrand, c'est malheureusement la fin de cet entretien. En prenant en compte ta vie professionnelle et personnelle, es-tu heureux ?

Je vais choisir de ne pas répondre à cette question.

Dire que je suis heureux serait mentir, dire le contraire le serait également.

La vérité est un entre deux, mais soyons clair, c'est le côté professionnel qui rend l'ensemble si compliqué.

Sans le soutien et le socle fondateur que m'apporte ma famille, je pense que j'aurais arrêté l'édition.

Espérons que les prochaines sorties et que le partenariat Lifestyle m'apporteront une assise financière plus importante, me permettant de prendre du recul et d'apprécier ma chance.

Je te remercie Bertrand pour ta sincérité. Je te souhaite le meilleur pour l'avenir.

 

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Saison 1

Yves Hirschfeld
Benoit Forget
Bruno Faidutti 1ère partie
Bruno Faidutti 2ème partie
Naiade
François Haffner 1ère partie
François Haffner 2ème partie
Pierô Lalune
Timothée Leroy
Mathilde Spriet
Sébastien Pauchon
Tom Vuarchex
Vincent Dutrait 1ère partie
Vincent Dutrait 2ème partie
Christophe Boelinger 1 ère partie 
Christophe Boelinger 2ème partie
Régis Bonnessée
Roberto Fraga 1ère partie
Roberto Fraga 2 ème partie
Cyril Demaedg
Bruno Cathala 1 ère partie
Cyril Blondel
Bruno Cathala 2ème partie
Yahndrev 1ère partie
Yahndrev 2ème partie
Emilie Thomas
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Florian Corroyer
Alexandre Droit
Docteur Mops 1ère partie
Docteur Mops 2ème partie
Arnaud Urbon
Croc
Martin Vidberg
Florent Toscano
Guillaume Chifoumi
Nicolas Soubies
Juan Rodriguez 1ère partie
Juan Rodriguez 2ème partie
Bony
Yannick Robert
Docteur Philippe Proux
Franck Dion 1ère partie
Franck Dion 2ème partie
Franck Dion 3ème partie
Yoann Laurent
Carine Hinder et Jerôme Pélissier
Dominique Ehrhard
Christian Martinez
Maxime Savariaud
Véronique Claude
Shadi Torbey
  

Saison 2 
 

Fabien Bleuze
Serge Laget
Djib 1ère partie
Djib 2me partie
Florian Sirieix
Farid Ben Salem 1 ère partie
Farid Ben Salem 2ème partie
Julien Lamouche
Jean-Louis Roubira 1ère partie
Jean-Louis Roubira 2ème partie
Philippe des Pallières 1ère partie
Philippe des Pallières 2ème partie
Julian Malgat Tome 1
Philippe Tapimoket 1ère partie
Philippe Tapimoket 2ème partie
Théo Rivière
Reixou
Nicolas Bourgoin
Natacha Deshayes
Gary Kim 
Emmanuel Beltrando
Tony Rochon

Thierry Saeys
Lia Sabine
Igor Polouchine 1ère partie
Igor Polouchine 2ème partie
Bernard Tavitian
Marcus 1ère partie
Marcus 2ème partie
Gaetan Beaujannot
Jean-Michel Urien
Michel Lalet 1ère partie
Michel Lalet 2 ème partie
Michel Lalet 3ème partie
Christophe Raimbault
Gaelle Larvor / Nam-Gwang Kim
Stefan Feld


Saison 3

Catherine Watine
Jean-François Feith
Nadine Seul 1ère partie
Nadine Seul 2 ème partie
Guillaume Lemery 1 ère partie
Guillaume Lemery 2 è me partie
Jérémie Fleury Tome 1
Aurore Matthey
Richard Garfield
Rémi Amy
Eric Jumel

Hadi Barkat
Roméo Hennion
Clément Leclercq
Blaise Muller
Claude Leroy 1ère partie
Claude Leroy 2 ème partie
Marie Cardouat 1ère partie
Marie Cardouat 2ème partie
Gabriel Nassif 1 ère partie
Gabriel Nassif 2 ème partie
Grégoire Sivan

Saison 4

Julien Sentis
Bertrand Arpino 1 ère partie

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